#EditoDeMexico 33: Comment et avec qui élaborer le projet de développement?

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Chaque semaine, retrouvez l’Edito de Mexico sur DiscoveryMorocco.net dont l’auteur est Mohamed Badine El Yattioui, docteur en Science Politique de l’université de Lyon (France). Spécialiste des questions de sécurité globale et de gouvernance globale, il enseigne à la UDLAP (Universidad De Las Américas Puebla) au Mexique et à l’Université Jean Moulin Lyon III. Il préside le think-tank NejMaroc, Centre Marocain de Recherche sur la Globalisation qui publie une revue semestrielle et qui organise des événements dans différents pays et dirige le Séminaire Permanent sur le monde musulman (Observatorio sobre el mundo musulman) ILM. 

Les travaux de la future commission, comme je l´avais écrit la semaine dernière, devraient se concentrer autour des questions d´éducation, de santé, de développement économique, de réforme fiscale et d´approfondissement de l´ Etat de Droit.

Mais peut-on déterminer un seul projet de développement dans une société qui se pretend ouverte ? Grande question qui mériterait un long développement. Néanmoins, le Maroc étant une Nation nous nous devons de penser à une grande stratégie de développement pour l´ensemble du territoire, tout en reconnaissant les spécificités territoriales.

Pour mener à bien ce projet ambitieux, la selection des membres de la commission sera primordiale. La plurisdisciplinarité sera une nécessité. Mais également une représentation large du Maroc devra y trouver sa place: société civile, administration publique, secteur privé et monde intellectuel au sens large (universitaires, monde culturel et artistique).  Il s´agit d´un besoin vital avant de pouvoir définir un nouveau modèle de développement. Egalement penser à quelques personnalités marocaines avec une expérience internationale.

La fameuse gouvernance dont je parlais la semaine dernière passe par cette diversité des points de vue et des sensibilités. Une gouvernance que l´on pourrait la definir comme l´art ou la forme de gouverner.

Dans les années 1970-1980, les techniciens de la modernisation de la gestion publique , puis à partir de 1989 les grandes institutions d’aide au développement, la Banque mondiale spécialement, furent les agents décisifs de la vulgarisation du terme. La gouvernance a ensuite été présentée par les universitaires des questions sur la globalisation sous la forme d’un concept véritablement construit.

Cette résurrection du terme de governance désigne toujours “l’art ou la manière de gouverner”, mais avec deux préoccupations supplémentaires: d’une part, bien marquer la distinction avec le gouvernement en tant qu’institution ; d’autre part, sous un vocable peu usité et donc peu connoté, promouvoir un nouveau mode de gestion des affaires publiques fondé sur la participation de la “société civile” à tous les niveaux, société civile et gouvernance allant de pair (Huynh-Quan-Suu).

Le Maroc est face à un défi de taille. Eviter les propositions simplistes et/ou démagogiques, mais aussi sortir d´une vision technocratique et éloignée des préoccupations populaires. Une nécessité de trouver un équilibre entre efficacité économique et justice sociale. Terminons en écrivant que les problèmes de développement ne sont pas une fatalité car cette dernière est “l’excuse des âmes sans volonté” (Romain Rolland).