#EditoDeMexico 85 : Où en sera l’économie marocaine en 2021 ?

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Mohamed Badine El Yattioui, docteur en Science Politique de l’université de Lyon (France). Spécialiste des questions de sécurité globale et de gouvernance globale, il enseigne à la UDLAP (Universidad De Las Américas Puebla) au Mexique et à l’Université Jean Moulin Lyon III. Il préside le think-tank NejMaroc, Centre Marocain de Recherche sur la Globalisation qui publie une revue semestrielle et qui organise des événements dans différents pays et dirige le Séminaire Permanent sur le monde musulman (Observatorio sobre el mundo musulman) ILM.

Les prévisions macroéconomiques prévoient une récession plus brutale en 2020 à cause du fait de la pandémie. L’économie devrait se contracter de 6,3 %, (au lieu des 5,2 % annoncés par Bank Al Maghrib). Le redémarrage sera plus lent que prévu.

Mais, alors que, l’an dernier, le Maroc avait enregistré un taux de croissance de 1,5 % du fait d’une mauvaise pluviométrie, cette année, aucune amélioration n’est en vue.

De ce fait, l’agriculture (premier secteur contribuant au PIB) souffre énormément. Le recul estimé devrait être de 5,3 %, du fait de la sécheresse.

Les secteurs non agricoles devraient reculer de 6,3 %, notamment en raison de « la fermeture quasi totale des frontières pour les voyageurs », selon Bank Al Maghrib (BAM). Le secteur touristique est l’un des plus touchés. Les recettes de ce secteur ont quasiment chuté de moitié (- 44,1%) sur les sept premiers mois de 2020, selon la Direction des études et des prévisions financières (DEPF) du ministère de l’Économie et des Finances. Du fait du ralentissement de l’industrie automobile, sur le plan international, les exportations pourraient chuter de 16,6 % en 2020, selon Banque Al Maghrib. Une augmentation de 22,4 % pourrait avoir lieu en 2021.

Pour 2021, la banque centrale prévoit une croissance de 4,7 % mais insiste sur le fait que les perspectives « restent entourées d’un niveau exceptionnellement élevé d’incertitudes liées notamment à l’évolution de la pandémie » . Précisons que le Maroc est devenu le deuxième pays le plus touché du continent derrière l’Afrique du Sud.

Quelles conséquences sociales ?

Les conséquences sur l’emploi sont terribles. Le taux de chômage est passé de 8,1 à 12,3 % au deuxième trimestre 2020, selon le HCP. De plus, entre juillet et août, l’indice des prix à la consommation a connu une hausse de 1,4%. La hausse résulte de l’indice des produits alimentaires de 3,4% (les fruits, les légumes, les poissons et fruits de la mer, les viandes et le café, thé et cacao) et de l’indice des produits non alimentaires de 0,1% (principalement le carburant), selon le HCP.

Quelles sont les pistes d’amélioration ?

Selon Stephen Brien, Directeur de Politique à l’Institut Legatum et auteur d’un rapport, cité par Le Matin :

« Avec l’incertitude et les bouleversements causés par l’épidémie de coronavirus, il y a un risque que les gouvernements prennent des mesures à court terme pour atténuer les retombées économiques immédiates, comme par exemple un soutien financier à l’industrie, mais cela pourrait cependant être difficile à inverser. Notre rapport montre qu’adopter des politiques qui stimulent la concurrence, l’innovation et le transfert de connaissances sera vital pour le succès du Maroc après la crise – en atténuant les effets de l’épidémie de COVID-19 et en permettant d’améliorer la vie de tous les Marocains. ».

L’impact sur l’économie marocaine à court terme risque de s’articuler autour de plusieurs axes. Avant la crise, l’économie nationale était marquée par une dépendance aux stratégies des multinationales, un déficit commercial structurel et le poids de la rente et de l’informel.

Les défis à moyen et long terme pour le Maroc sont nombreux et particulièrement complexes. Nous en avions déjà parlé dans un précédent éditorial. Un nouveau modèle de développement avec une politique de santé à (ré)inventer, la création de mécanismes de solidarité nationale, une politique de recherche et développement (R&D) à développer rapidement. Pour cela, le Royaume nécessite un partenariat fort entre l’Etat et le secteur privé afin de solidifier la politique industrielle et permettre une montée en gamme au sein du commerce international. Cela permettrait de créer des emplois à haute valeur ajoutée. La compétitivité et la reconfiguration de la politique industrielle avec la promotion de “champions nationaux” serait aussi à prendre en compte. Permettre à l’entreprenariat de se développer est primordial afin de pouvoir compter sur un tissu économique solide (PME et TPE). Les outils comme l’intelligence économique et l’intelligence territoriale sont donc à renforcer.

Le chemin est encore long mais les ressources ne manquent pas, à condition d’avoir une stratégie.

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El Yattioui Mohamed Badine, né en France de parents marocains, est docteur en Science Politique de l'université de Lyon (France). Il a rédigé une thèse intitulée "Les enjeux géostratégiques des programmes publics de Washington à destination de l'Amérique Latine, de George Bush père à George Bush fils (1988-2008)". Spécialiste des questions de sécurité globale et de gouvernance globale, il enseigne à la UDLAP Cholula, Puebla (Universidad De Las Américas Puebla) au Mexique et à l'Université Jean Moulin Lyon III. Il préside le think-tank NejMaroc, Centre Marocain de Recherche sur la Globalisation qui publie une revue universitaire semestrielle et en parallèle, organise des événements dans différents pays. Par ailleurs, il dirige le Séminaire Permanent sur le monde musulman (Observatorio sobre el mundo musulman) au sein de la UDLAP dont la publication d'un livre sur les institutions politiques du monde musulman contemporain en espagnol au cours de l'année 2019 connaît un franc succès. De plus, il publie des articles académiques pour des revues universitaires et scientifiques marocaines, mexicaines et colombiennes tout en participant à des conférences/congrès au Maroc, en France, en Colombie et au Mexique.