#EditoDeMexico 50 : Urgence dans les universités marocaines : Réformons !

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Mohamed Badine El Yattioui, docteur en Science Politique de l’université de Lyon (France). Spécialiste des questions de sécurité globale et de gouvernance globale, il enseigne à la UDLAP (Universidad De Las Américas Puebla) au Mexique et à l’Université Jean Moulin Lyon III. Il préside le think-tank NejMaroc, Centre Marocain de Recherche sur la Globalisation qui publie une revue semestrielle et qui organise des événements dans différents pays et dirige le Séminaire Permanent sur le monde musulman (Observatorio sobre el mundo musulman) ILM.

La nécessité de réformer conjointement recherche et enseignement pour le développement.

Comme je l’avais écrit en octobre dans un éditorial, la recherche scientifique en sciences sociales doit jouer un rôle central dans le développement économique et social du Royaume: analyser les problèmes et fournir des solutions, mais également faire de la prospective afin d’anticiper les problèmes futurs. Dans son dernier rapport, la Cour des comptes constate que sur les 1200 publications dans des revues indexées produites par les chercheurs de l’université Mohammed V de Rabat en 2015, “seulement 4,09 % concernaient les sciences humaines et sociales”. Les sciences dures, l’ingénierie et la médecine dominent donc largement.

La Cour des comptes l´explique par trois causes principales qui sont “le faible taux d’adhésion des enseignants chercheurs” aux structures internes consacrées à la recherche (préférant l’enseignement comme activité unique, souvent en cumulant avec le secteur privé), la faible participation aux revues indexées car les chercheurs marocains préfèrent les livres collectifs non référencés ou des articles de presse (ce qui ne permet pas d’évaluer leur qualité scientifique) et le faible soutien aux doctorants (le taux d’abandon se situe entre 35 % et 49 % des inscrits).

La stratégie nationale pour le développement de la recherche scientifique à l’horizon 2025 prévoit d’instaurer un statut de chercheur pour les personnes qui font de la recherche dans des centres ou instituts , sans nécessairement être des enseignants-chercheurs sur le plan statutaire. Les doctorants, qui sont des chercheurs en cours de formation, doivent pouvoir bénéficier de ce statut.

La réforme profonde du système de recherche ne saurait suffir sans un changement important en terme de structure d´enseignement.

Le Maroc a fait le choix d’adopter, le système du Bachelor en septembre 2020 a affirmé le ministre Said Amzazi. L’adoption de ce système intervient suite à une évaluation du système LMD (Licence, Master, Doctorat). Ce qui semble une bonne nouvelle.
Son adoption permettra de s’ouvrir davantage sur les systèmes éducatifs internationaux, notamment ceux des pays anglo-saxons. Précisons que près de 50 universités américaines sont classées parmi les 100 premières universités au monde (selon le Times Higher Education), comme l´a souligné M. Amzazi. Faciliter la mobilité des étudiants marocains dans les universités internationales devient un objectif. Restaurer la place des langues étrangères dans l’enseignement des matières scientifiques dans le secondaire prend donc tout son sens.

Les étudiants de la première année universitaire 2020-2021 seront les seuls concernés car ceux qui seront en deuxième année universitaire poursuivront leurs études selon l’actuel système “LMD”.

Néanmoins, négocions avec les pays d’Afrique francophone arrimés au LMD, souhaitant poursuivre leurs études au Maroc, car pourrait surgir problème d’équivalence. Cela est nécessaire car le Gabon, le Sénégal, la Côte d’Ivoire et le Cameroun, restent attachés au LMD et sont les principaux fournisseurs d’étudiants étrangers au Maroc.

L’enseignement et la recherche sont les piliers necessaires du nouveau modèle de développement afin de permettre la modernisation du secteur public et la compétitivité du secteur privé. Le chemin est encore très long. Ne tardons pas advantage.

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El Yattioui Mohamed Badine, né en France de parents marocains, est docteur en Science Politique de l'université de Lyon (France). Il a rédigé une thèse intitulée "Les enjeux géostratégiques des programmes publics de Washington à destination de l'Amérique Latine, de George Bush père à George Bush fils (1988-2008)". Spécialiste des questions de sécurité globale et de gouvernance globale, il enseigne à la UDLAP Cholula, Puebla (Universidad De Las Américas Puebla) au Mexique et à l'Université Jean Moulin Lyon III. Il préside le think-tank NejMaroc, Centre Marocain de Recherche sur la Globalisation qui publie une revue universitaire semestrielle et en parallèle, organise des événements dans différents pays. Par ailleurs, il dirige le Séminaire Permanent sur le monde musulman (Observatorio sobre el mundo musulman) au sein de la UDLAP dont la publication d'un livre sur les institutions politiques du monde musulman contemporain en espagnol au cours de l'année 2019 connaît un franc succès. De plus, il publie des articles académiques pour des revues universitaires et scientifiques marocaines, mexicaines et colombiennes tout en participant à des conférences/congrès au Maroc, en France, en Colombie et au Mexique.