Royal Air Maroc, le rêve d’indépendance

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Un Boeing 737-5B6 de la Royal Air Maroc

Le rêve de voler comme un oiseau pour fuir, pour sentir le vent, la liberté, l’indépendance a suivi l’humanité comme un leitmotiv, de la machine volante de Léonard de Vinci en passant par la montgolfière jusqu’aux avions modernes. Le Maroc comme d’autres pays accédant à l’indépendance a misé sur une compagnie aérienne pour être un vecteur de développement économique, culturel, touristique qui permettra au pays d’atteindre une indépendance totale.

Origine

C’est avec cette ambition que le Maroc décide de fusionner la Compagnie Chérifienne de Transport Aérien Air Atlas (anciennement Air Atlas crée en 1946 et nationalisé en 1951 avec l’exclusivité du transport public aérien, ndlr) et Air Maroc (créé en 1948, compagnie consacrée à la maintenance aérienne) le 28 juin 1957 pour en faire la Royal Air Maroc. Avec l’indépendance du Maroc le 18 novembre 1955, la RAM devient le symbole de la puissance marocaine, de la liberté de chaque Marocain de voyager, de partir dans un pays et en revenir bien que cela fût illusoire le rêve d’un Maroc prospère avec une population ouverte qui veut découvrir le monde, mais qui reste attaché à son pays persiste, car il faut se mettre dans le contexte du Maroc postindépendance où tout est à construire, où il y a l’espoir d’un monde meilleur à construire seul, avec ses voisins (l’Algérie que le Maroc a aidé à atteindre l’indépendance, la Tunisie, la Lybie), ou avec d’autres pays-frères (l’ensemble des pays arabes et musulmans). Il existe un fort panarabisme dans la population marocaine de l’époque impulsé par des figures comme Gamal Abdel Nasser, le rêve d’une Nation arabe qui s’étendrait du Maroc à l’Irak, un territoire immense qu’il faudrait connecter, et quoi de mieux que l’avion pour couvrir un pays de dizaines de millions de kilomètres carrés.

Indépendance économique

Le développement d’une compagnie aérienne nationale va de paire avec le développement d’une classe moyenne. De fait, l’émergence d’une classe de personnes qui aurait les moyens financiers, le temps, l’éducation et l’envie de découvrir le monde dans un pays augmente le nombre de clients possible de la compagnie nationale. Une compagnie aérienne nationale forte est aussi signe d’une mobilité forte, à l’échelle nationale, mais aussi internationale, car c’est signe d’un peuple qui a les moyens de sa mobilité, que cela soit financier, temporel, mais aussi diplomatiquement, car on ne peut se déplacer à l’international qu’avec un passeport « puissant » qui ouvre les portes d’un maximum de pays sans visas ; une compagnie aérienne nationale forte est donc aussi signe d’une diplomatie forte, comme le Canada ou l’Allemagne qui au-delà d’une population aisée possède une diplomatie très influente et puissante. Une compagnie aérienne nationale forte est aussi signe d’un pays lanterne, lumière qui influence, qui attire le monde entier de par sa culture, sa puissance, car cela veut dire que des non nationaux ont choisi cette compagnie pour voyager dans le monde, mais surtout dans ce même-pays, c’est donc signe d’un pays touristique, ayant un soft power puissant comme les États-Unis d’Amérique ou la France.

Situation au Maroc

Dans le cas du Maroc il faut dissocier, distinguer l’espoir, le rêve initial qui peut encore exister, et les faits. Royal Air Maroc n’est pas une compagnie très puissante, mais ce n’est pas une petite compagnie ; on peut connaître le Maroc par sa compagnie aérienne capable de fulgurance, mais qui n’exploite pas tout son potentiel par facilité, fainéantise parfois ou par contrainte structurelle. Le Maroc ne dispose pas d’une grande classe moyenne, mais elle n’est pas inexistante ; le Maroc n’a pas la diplomatie la plus puissante, mais elle reste tout de même importante ; le Maroc n’a pas le soft power de la France ou des Etats-Unis d’Amérique, mais il a tout de même une certaine influence de par sa culture, sa musique, sa cuisine ; le Maroc n’est pas le plus grand pays touristique du monde, mais proportionnellement le Maroc accueille tout de même un tiers de sa population chaque année. Mais le Maroc souffre d’insuffisances qui se répercutent sur la RAM, par exemple la RAM garde une certaine attractivité du fait d’une élite marocaine qui voyage beaucoup, d’une diaspora marocaine importante qui retourne au pays fréquemment et qui donne un certain soft power au Maroc, mais la RAM n’arrive pas à développer une image de marque importante pour ne pas dépendre du marché national qui est faible. Toutes ces raisons font qu’il suffit d’un petit dysfonctionnement pour que toute la machine s’écroule, la RAM a connu de grosses pertes et difficultés à cause de la crise économique de 2008 qui a affaibli l’élite marocaine, la diaspora marocaine et les touristes fanas du Maroc, parallèlement le Maroc en tant que Nation souffre du même problème, la machine ne tient que sur un fil, il suffit qu’un paramètre ne soit pas bien réglé pour mettre en difficulté l’ensemble du pays.

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