#EditoDeMexico 57 : Quel bilan des relations Maroc/Turquie ?

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Mohamed Badine El Yattioui, docteur en Science Politique de l’université de Lyon (France). Spécialiste des questions de sécurité globale et de gouvernance globale, il enseigne à la UDLAP (Universidad De Las Américas Puebla) au Mexique et à l’Université Jean Moulin Lyon III. Il préside le think-tank NejMaroc, Centre Marocain de Recherche sur la Globalisation qui publie une revue semestrielle et qui organise des événements dans différents pays et dirige le Séminaire Permanent sur le monde musulman (Observatorio sobre el mundo musulman) ILM.

Les relations entre Rabat et Ankara ne semblent pas au beau fixe en ce début d’année 2020. Les tensions commerciales existent mais ne doivent pas effacer la réalité d’une relation riche et profonde.

La Turquie exerce depuis une dizaine d’années un soft-power dans le monde arabe du fait de sa stratégie touristique et de ses différentes séries télévisées. Le Maroc en est un “client” au sens large.

De plus, les relations politiques sont bonnes depuis l’arrivée au pouvoir de l’AKP fin 2002. La Turquie ne cesse de répéter son soutien au Maroc concernant son Sahara (la dernière fois en décembre 2019).

Le souci est principalement économique et commercial donc. Le traité de libre-échange signé en 2004 est déficitaire, tout comme ceux signés avec l’UE ou les Etats-Unis, par ailleurs. Mais selon Moulay Hafid Elalamy, ministre du Commerce et de l’Industrie, le problème va bien au-delà du déficit de 18 milliards de dirhams.

Tout d’abord, on a noté la perte de 44.000 emplois dans le secteur textile au Maroc en 2017. La Turquie utilise la dévaluation de sa monnaie pour faire baisser les prix de ses produits à l’export. Arme redoutable. Pourtant, «Rabat n’achète ni hydrocarbures ni avions» a affirmé le ministre. Cette phrase n’est pas anodine comme nous allons le voir.

En effet, le problème viendrait également du manque d’investissement de la Turquie dans l’économie marocaine. Reconnaissons qu’Ankara le fait dans d’autres pays afin de “compenser” sa domination commerciale et de proposer une alternative au pays déficitaire. La Turquie ne représente que 1 % des IDE au sein du Royaume. Les Etats-Unis et l’UE investissent dans l’économie nationale à des niveaux bien supérieurs.

Avec les premiers cités le déficit est de 20 milliards de DH mais 15 milliards de DH proviennent de l’achat d’hydrocarbures et 3,5 milliards de DH de l’achat de Boeing. Cela explique la phrase de Moulay Hafid Elalamy. De plus, les investissements américains représentent 6% des IDE reçus par le Royaume.

Notons que sans un soutien important à l’industrie nationale et sa modernisation, la balance commerciale restera structurellement déficitaire.

Le Maroc et la Turquie sont en phase de renégociations avancées. Laissons les choses se faire sans positions idéologiques figées, comme certains le souhaitent afin de tendre encore plus la situation. Il faut “convaincre” les Turcs à investir au Maroc et ne pas limiter la coopération économique bilatérale aux échanges commerciaux. Il en va de l’intérêt des deux pays.

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El Yattioui Mohamed Badine, né en France de parents marocains, est docteur en Science Politique de l'université de Lyon (France). Il a rédigé une thèse intitulée "Les enjeux géostratégiques des programmes publics de Washington à destination de l'Amérique Latine, de George Bush père à George Bush fils (1988-2008)". Spécialiste des questions de sécurité globale et de gouvernance globale, il enseigne à la UDLAP Cholula, Puebla (Universidad De Las Américas Puebla) au Mexique et à l'Université Jean Moulin Lyon III. Il préside le think-tank NejMaroc, Centre Marocain de Recherche sur la Globalisation qui publie une revue universitaire semestrielle et en parallèle, organise des événements dans différents pays. Par ailleurs, il dirige le Séminaire Permanent sur le monde musulman (Observatorio sobre el mundo musulman) au sein de la UDLAP dont la publication d'un livre sur les institutions politiques du monde musulman contemporain en espagnol au cours de l'année 2019 connaît un franc succès. De plus, il publie des articles académiques pour des revues universitaires et scientifiques marocaines, mexicaines et colombiennes tout en participant à des conférences/congrès au Maroc, en France, en Colombie et au Mexique.