PENSER LE MAROC

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Dans son livre “histoire du Maroc: de Moulay Idriss à Mohammed VI”, Daniel Rivet décrit:

Le Maroc se présente à notre regard d’hommes du XXIème siècle comme un Finistère du Maghreb et un prolongement de la péninsule Ibérique. Aucun déterminisme physique ne l’enferme dans une seule dimension. Tantôt l’histoire a priviligié un dispositif zonal en Afrique du Nord en la découpant en bandes glissant le long des parallèles: le Nord montagneux, humide et boisé, les hautes plaines et plateaux steppiques du centre, l’Atlas et son revers saharien. Tantôt elle a valorisé l’axe méridien. Dès l’époque romaine s’opère une tirpartition entre Afrique Proconsulaire, Numidie et Mauritanie, qui préfigure les trois entitiés étatiques contemporaines.

En dernière instance, ce n’est pas le milieu physique qui l’emporte, mais le cours des événements historiques. Si bien que le Maroc, loin d’avoir été une donnée établie une fois pour toutes, a été une création continue, comme le montre un premier coup d’oeil sul la formation de son territoire. Néanmoins, les contraintes du milieu physique imposent à l’homme de s’adapter avec des moyens qui ne varient guère du néolithique au XIXème siècle, en dehors de l’espace construit par l’irrigation à partir du Xème.

Pas plus que la plupart des États, anciens ou modernes, le Maroc n’est sis à l’intérieur d’un espace circonscrit par des frontières naturessles: un fleuve, un massif montagneux, un chapelet d’oasis, […] Au nord, le détroit de Gibraltar, entre VIIIème et le XVèmes siècle, fut un channel musulman entre une Andalousie africaine et un Maghreb ouvert sur l’Europe, bref un passage obligé entre les têtes de pont d’un “bicontinent”en construction.

La frontière septentrionale, indécise, fluctuante, remonta au nord durant des siècles, au-delà du Tage, de l’Estrémadure et de la plaine de Valence. A l’est, une frontière-ligne passe du côté d’Oujda, s’enfonce au sud jusqu’à l’oasis de Figuig et s’évanouit dans les sables depuis la mainmise Ottomane sur le rest du Maghreb au milieu XVIème siècle. Le géographe colonial Augustin Bernard assurait que le “vrai Maroc ne commence qu’à partir de la Moulouya”.

Il ne faisait que donner une caution scientifique aux colons de l’Oranais qui revendiquaient une extension de l’Algérie française à l’ouest. En réalité, depuis les Mérinides au XIVème siècle s’interpose une zone de transition entre l’Algérie et le Maroc à partir de Tlemcen et au-delà d’Oujda. Elle engendre une société frontalière qui se rit des Etats et se dilate dès que les barrières douanières se lèvent, comme ce fut le cas entre 1987 et 1994.