Nasser Bourita : « la gestion européenne est une gestion égoïste »

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Nasser Bourita signant le livre d'or du secrétaire d'État des États-Unis d'Amérique en 2018

Le ministre des Affaires étrangères et de la coopération internationale marocain a pu accorder un entretien avec un journaliste de l’hebdomadaire français Le Point. Dans cet échange, M.Bourita s’exprime sur la force du Maroc sur la question du terrorisme, du fanatisme. Il fait également le point sur la situation des relations entre le Maroc et l’Iran. Mais c’est sur la question du traitement européen de l’immigration, que Nasser Bourita donne une analyse franche, argumentée et sortant du langage diplomatique. Il envisage la position européenne par trois axes.

« La migration se passe de plus en plus entre pays du Sud »

M.Bourita estime que les migrations sont de plus en plus dirigées vers d’autres pays du Sud. Ce qui est confirmé par des données de l’INED (Institut national de l’étude démographique, ndlr), qui comptabilise que la majorité des migrants internationaux (60% d’Asie, 60% d’Océanie et 53% d’Afrique) quittent leur pays d’origine pour un pays de la région. De plus contrairement aux idées reçues, c’est le continent asiatique et non africain qui est le premier émetteur de migrants dans le monde. Ainsi, on retrouve l’Inde avec 17 millions de migrants, le Mexique avec 13 millions, et la Russie pour compléter la marche avec 11 millions de migrants.

Il dégage également le fait que les catégories dans lesquelles on plaçait les pays ont changé, notamment pour le Maroc qui est passé de pays d’origine, puis de transit et actuellement d’accueil. Ce qui est vrai, car le Maroc avait un solde migratoire négatif de 654 821 en 2002, alors qu’en 2017 il n’était plus que de 257 096 selon les chiffres de la Banque mondiale. Mais dans le fond, le Maroc reste un pays d’origine, car de nombreux Marocains partent encore chaque année. C’est juste sur la forme que cela change, car ces émigrants marocains sont des personnes diplômées, des étudiants, des médecins, et ils n’optent plus pour l’émigration clandestine. Le Maroc connaît une fuite des cerveaux. Cependant il est vrai que le Maroc est devenu un pays d’accueil, surtout depuis la régularisation des migrants au Maroc à partir de 2015. Des émigrants de nombreuses nationalités, comme les Sénégalais choisissent le Maroc à l’Europe, comme pays de destination pour le cadre de vie, l’amitié et l’hospitalité qui existe entre ces peuples.

« Elle continue de réfléchir en termes de frontières physiques et non pas en termes géopolitiques »

Le deuxième point de M.Bourita repose sur la manière de pensée des autorités européennes. Et le fait que celles-ci se concentrent sur la défense de leurs frontières terrestres, en omettant les espaces géopolitiques, culturels, linguistiques. C’est le premier reflexe protectionniste, nationaliste que de se replier sur ses frontières physiques. Par exemple en 2015, le populiste d’extrême droit et accessoirement Premier ministre de la Hongrie a ordonné la construction d’un mur dit « anti-migrants », pour empêcher l’accès du pays. Ce qui est le symptôme d’un pays malade, qui traite les immigrés comme des animaux. Ainsi le 15 mars 2019, la CEDH (Cour européenne des droits de l’homme) a ordonné à la Hongrie de nourrir les migrants en détention. Les politiques hongroises ont aussi décidé de criminaliser l’aide aux migrants et s’ôtent par conséquent de toute notion de fraternité.

« Le Maroc ne sera jamais ni le gendarme au service des pays d’accueil ni un barrage pour freiner les flux venant des pays d’origine »

Et enfin le ministre termine son analyse par la critique du traitement politico-politicien des responsables officiels européens qui se muent derrière cette prétendue menace pour pérenniser leurs résultats électoraux, en usant de fausses informations, de données trompeuses. Il est vrai qu’en France et dans d’autres pays européens, lors de la signature du Pacte de Marrakech sur la migration, un élan de peur s’est emparé des réseaux sociaux, en propageant l’idée que ce Pacte est une condamnation pour la France qui sera obligée d’accueillir les migrants du Monde. Alors que le fondement d’un traité international est le consentement des États, qui gardent en tout temps leurs souverainetés. Quant à l’Union dans son ensemble, le MAE considère que les Européens se limitent à écarter le problème en l’envoyant chez le voisin, sans pour autant régler le problème dans le fond. Effectivement depuis l’accord entre l’UE et la Turquie qui permet une aide de trois milliards d’euros de la part de l’Union, la principale porte d’entrée est passée de la Grèce à l’Espagne sans pour autant que les flux de migrants en direction de l’Europe ne cessent.

Ainsi seule une coopération globale qui essaye de régler les problématiques dans le fond est susceptible de réussir. À défaut les migrants, qui sont des êtres humains ce qu’il faut rappeler tant qu’on les considèrent et appréhendent que par les chiffres, seront traités de façons inhumaines et abjectes.

 

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