Meknès, un diamant brut !

Hymne à ma ville natale

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Bab el-Mansour à Meknès.

La ville aux cent minarets, le Versailles du Maroc ou la ville des oliviers, Meknès ne manque pas de surnom, cela est certain. Chacun de ces surnoms porte une caractéristique, un amour profond pour les traits expressifs de Meknès, comme chaque meknassi ou toute personne qui a visité cette ville. On ne peut partir de cette ville qu’avec le cœur lourd et une envie de vite la retrouver.

La chaleur, la beauté, l’atmosphère aussi spéciale que dégage cette ville est peut-être due à son histoire, revenons donc pour comprendre cela aux origines de la ville.

Meknès fût fondée au Moyen Âge par la tribu amazighe Meknassa qui lui donnera son nom, la cité connaît successivement la domination des Almoravides, des Almohades, des Mérinides et des Wattassides qui donneront à la ville chacun leur tour, une partie de leur histoire, de leur façon de pensée et surtout de leur architecture avec la construction de fortifications ou de mosquées.

Mais c’est bien avec les Alaouites et le sultan Moulay Ismaël que la ville acquiert ces lettres de noblesses impériales. C’est en 1672 que le sultan choisit Meknès comme capitale de son empire. Il transforma à tout jamais le destin de la ville, qui, par cette occasion deviendra une ville impériale, ville de rêve, de splendeur que le roi bâtisseur a entretenue en construisant des monuments imposants comme Bab al-Mansour ou le grand palais de Meknès, mais aussi des jardins raffinés qui étaient irrigués par le bassin d’Agdal qui existe toujours, mais la ville était aussi symbole de peur et de l’autorité du Makhzen avec la prison de Kara où les criminels, esclaves chrétiens et prisonniers de guerre ont été enfermés, une partie de la prison est aujourd’hui ouverte au public. Durant cette période Meknès est la ville la plus prospère du pays, la perle de l’Empire.

Pourtant, aujourd’hui Meknès n’est plus que l’ombre d’elle-même, elle accumule un retard économique par rapport aux villes de l’axe Tanger-Casablanca, mais aussi social car il existe à Meknès et dans sa région un taux de chômage surtout chez les jeunes très important du fait en grande partie de la dépendance au secteur agricole et à un manque de formation scolaire de qualité.

Meknès n’est donc plus le centre du royaume, mais néanmoins elle reste dans la région cœur du Maroc, la région qui a vu Idriss 1ercréer le premier État marocain, qui a vu se développer la cité antique romaine de Volubilis, qui a vu Fès devenir une ville lanterne pour le monde arabo-musulman. Ainsi, même si Meknès a du mal à se fondre dans le monde moderne qui est en proie à l’immédiat, à la rentabilité, la ville ismaélienne a su garder son identité propre, l’identité d’une ville où le temps n’a pas de prix, à Meknès rien ne vaut plus que de boire du thé à la menthe sur un stah avec ses proches et d’ensuite aller se plonger dans l’agitation nocturne de la place El Hedim.

Meknès est donc comme un diamant ; il a fallu à la ville des siècles d’histoire pour prendre sa forme actuelle, pour se forger son caractère, son authenticité ; mais il lui a aussi fallu des femmes et des hommes qui ont eu le talent et le courage de tailler et polir cette ville précieuse, qui a certes perdu de son éclat depuis Moulay Ismaïl, mais pas de sa pureté, de sa densité. La Meknès du 21ème siècle n’a plus qu’à trouver l’orfèvre qui lui fera retrouver sa place de joyau du royaume chérifien.

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