Le phosphate, le futur or blanc du Maroc ?

0
10151
Une dragline à la mine de phosphate de Benguerir.

L’exploitation des phosphates au Maroc n’est pas nouvelle, car l’Office chérifien des phosphates a commencé à exploiter sa première mine à Boujniba, dans le gisement de Khourigba, le 1ermars 1921. Depuis, l’exploitation de ce minerai n’a cessé d’être un pilier et une locomotive pour l’économie marocaine.

De fait, il suffit de s’intéresser au groupe OCP qui détient le monopole de l’exploitation et de la commercialisation des phosphates au Maroc pour comprendre l’importance de cette exploitation pour toute l’économie marocaine. Puisque l’OCP emploie directement 20 980 personnes en 2016 principalement au Maroc dont un nombre important d’ouvriers très qualifiés et d’ingénieurs, le groupe avec ses 46 milliards de dirhams de chiffre d’affaires contribue pour 4,3% du PIB marocain en 2013.

L’expérience de presque un siècle qu’à engranger l’entreprise permet à l’Office chérifien des phosphates d’être leader dans son secteur en assurant 28% de parts de marché des exportations de phosphates sous toutes formes au monde et en contribuant pour 20,2% des exportations marocaines également en 2013. Le minerai blanc rapporte donc des recettes importantes pour l’Etat marocain qui est propriétaire à 95% depuis la mise en place du nouveau statut de l’OCP en société anonyme en 2008 ; les 5% restants sont détenus par la Banque Centrale Populaire.

Mais bien que les revenus générés par les phosphates soient importants et essentiels, on est bien loin du profit généré par le pétrole ou le gaz. Par exemple, les revenus pétroliers de l’Arabie saoudite contribuent pour 45% de la richesse globale du pays, 90% des recettes d’exportation et 80% des revenus du budget de l’Etat en 2015. Ainsi, l’OCP qui a réalisé un chiffre d’affaires de 6,3 milliards d’euros en 2016 paraît bien ridicule face aux 318 milliards de dollars de chiffre d’affaires en 2015 de Saudi Aramco qui détient le monopole de l’exploitation pétrolière dans le royaume saoudien.

Pourtant, le Maroc détient 75% des réserves mondiales prouvées de phosphate, et a toute l’expertise, les infrastructures nécessaires pour générer un profit immense, mais les cours mondiaux du minerai sont bas et volatils. Qui plus est, le Maroc malgré ses immenses réserves n’a pas le monopole de la production et donc de la commercialisation du phosphate dans le monde. Cette situation est du fait de la surexploitation des réserves de phosphates dans certains pays comme la Chine qui détient 4,85 % des réserves mondiales mais assure 52,87 % de la production mondiale, pareillement pour les Etats-Unis qui détiennent 1,68 % des réserves mondiales mais qui assurent 10,65 % de la production mondiale, alors que le Maroc assure seulement 11,49 % de la production mondiale de phosphate.

Il y a donc un oligopole de la production de phosphate dans le monde car ces trois pays contrôlent 70 % de la production mondiale, mais il n’y a aucune entente, stratégie mise en place par cet oligopole pour pouvoir maitriser l’offre qui est trop importante par rapport à la demande ce qui explique les cours très bas du minerai. Il n’y a pas de stratégie commune car les objectifs sont différents ; prenons le cas de la Chine qui est le plus intéressant car le pays cherche à atteindre une autosuffisance alimentaire, et pour cela elle doit avoir une agriculture très productive qui est presque impossible à grande échelle sans engrais ; et le phosphate est un des composants des engrais, car il est source de phosphore et d’azote pour les plantes. Le phosphate est donc un enjeu très important pour la Chine. Pour l’instant, la surexploitation de ses réserves lui permette d’avoir une indépendance, mais elle n’est que temporaire, on estime que la Chine peut produire à ce rythme-là pendant encore 30 ans seulement, sauf s’il y a la découverte de nouvelles réserves.

Ainsi, après l’épuisement de ses réserves, la Chine devra recourir aux importations tout comme les Etats-Unis, ce qui aura pour impacter de faire baisser l’offre mondiale de phosphate et inversement il y aura une augmentation de la demande, si on en croit la loi de l’offre et la demande, cela aura comme finalité une hausse importante des cours mondiaux des phosphates. Si on additionne à cela l’augmentation soutenue de la population mondiale et surtout l’explosion démographique en Afrique qui verra sa population doublée ce qui pose un problème sur notre capacité à subvenir aux besoins primaires des individus et notamment le fait que chaque homme doit manger à sa faim ; ce défi ne peut être relevé sans une agriculture moderne et productive qui respecte l’environnement et le développement durable, mais qui ne peut pas se passer totalement d’engrais et donc de phosphate.

L’importance que devrait prendre le minerai impactera forcément le Maroc, qui aura le monopole de la production de phosphate brut, mais aussi de ses dérivés comme l’acide phosphorique grâce à d’importants investissements prévus par l’OCP dans les années à venir (environ 8 milliards de dollars) ; ce qui donnera à coup sûr un poids et une responsabilité diplomatique, économique, social et environnementale au Maroc.

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here