LE MAROC: RELATIONS DE LA FRANCE AVEC CET EMPIRE

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ESSAOUIRA. SOUS COPYRIGHT.

Dans le livre d’Eugène Aubin:  “Le Maroc: relations de la France avec cet Empire”, elle décrit:

Mogador, le 10 novembre 1902

De Tanger à Mogador; trois cents soixante mille et soixante-cinq heures de navigation.

Parmi les huit points de la côte marocaine ouverts au commerce européen, Mogador est le seul qui donne à peu près l’idée d’un port. Construire sur une langue de terre, qu’une lagune coupe presque complètement du continent, la ville se prolonge par une bande de récifs, qu’une passe étroite et peu profonde sépare d’une île escarpée.

L’origine de Mogador est récente, et les circonstances qui ont provoqué sa fondation ont également déterminé les conditions de son existence et de son développement. Elle est née, en 1760, d’une volonté chérifienne, sur les ruines d’un petit établissement portugais.

Le Sultan Sidi Mohammed ben Abdallah, ayant eu maille à partir avec les du Sous, prit le parti de les réduire en les ruinant. Il ferma donc le port d’Agadir et fit construire, pour le remplacer, la ville de Mogador. Depuis lors, sauf à de rares intervalles, Agadir n’est plus abordable au commerce européen et la prospérité présente de Mogador est faite du malheur des Sousis.

La construction de la nouvelle ville fut confiée au groupe assez nombreux de captifs chrétiens et de renégats qui se trouvait, à l’époque, retenu au Maroc. Ce fut un Français, Cornut, originaire d’Avignon, qui en fut l’architecte. Il y travailla dix ans.

Obligé de construire sa ville sur un plan marocain, c’est-à-dire d’en faire rentrer les divers quartiers dans des enceintes murées, notre compatriote réussit à imposer à sa création notre alignement national, et je ne connais pas de ville dans tout l’Islam qui jouisse d’une plus parfaite rigidité de lignes. Ce modèle nouveau frappa, du reste, à tel point les imaginations indigènes que la ville fut baptisée du nom Arabe Es-Soueïra (Le petit tableau), qui est devenu son nom officiel.

[…]

Dans de semblables conditions, il n’ y a point de place pour une nombreuse colonie européenne: celle de Mogador compte environ trois cents personnes, dont le tiers d’Espagnols et une cinquantaine de Gibraltariens, artisans en majeure partie, le reste étant composé d’Anglais, d’Allemands, d’Italiens, de Suisses et de Français. Tout ce monde habite dans les deux kasbahs du méchouar.

Au grand souk, situé hors la ville, aboutissent les caravanes de Marrakech et du Sous; elles doivent y demeurer, sans franchir les portes, jusqu’à ce que leurs marchandises aient trouvé acheteur; chameaux et chameliers y campent sur le rivage dans la saleté et le désordre; à côté d’eux sont étalées sur le sol les peaux de chèvres, amenées de l’intérieur dans la fiente et le sel, que les exportateurs font sécher avant leur embarquement

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