Le conflit autour Sahara marocain: historique d’une escroquerie politique et diplomatique.

Partie II : de la marche verte à nos jours.

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Le 17 novembre 1975, dans un discours adressé à la Nation, Hassan II annonçait à son peuple le retour du Sahara sous domination marocaine « sans effusion de sang ». Le lendemain, soit le 18 novembre 1975 les Cortès espagnols ratifiaient l’accord du 14 novembre de la même année qui mettait fin au statut de territoires non autonomes du Sahara qui sont donc redevenus marocains. Le processus de réunification du Maroc touchait  à sa fin, et le Royaume retrouvait de ce fait son intégrité territoriale, tournant ainsi en cette fin d’année 1975, la page de la colonisation.

Dès lors, la question du Sahara n’est plus à appréhendée en termes de décolonisation mais en termes de tentatives de sécession impulsées et encouragées de l’extérieur. Entre la marche verte et le retrait espagnol en 1976, des troupes algériennes appuyées par le bloc soviétique et ses alliés dans un contexte de guerre froide occupèrent les positions abandonnées par les espagnols à l’est (Amgala, Guelta Zemmour) dans l’ambition d’installer le Polisario dans une partie du territoire. Le 26 février 1976, lors de la ratification de Djemaa Laayoune de l’accord tripartite, le Polisario réclame une république sahraouie, de facto approuvée et reconnue par Alger. Repoussé par l’armée marocaine, le Polisario emmène alors de force des centaines de personnes et se replie en Algérie. C’est ainsi qu’entre 7000 et 8000 personnes vont se retrouver « otages », si on peut se permettre l’utilisation de ce terme, en Algérie.

Feu Hassan II, en parlant de l’affaire du Sahara, parlait « d’escroquerie du siècle » dans la mesure où des sommes et des moyens colossaux ont été mis en œuvre pour nourrir ce qui peut être qualifié de conflit artificiel, au point qu’au terme de diverses manipulations diplomatiques, 70 Etats ont fini par reconnaitre le Polisario et son projet, personnifié par la RASD (République Arabe Sahraouie Démocratique). Le summum de la provocation diplomatique fut atteint en 1984 lorsque la RASD fut admise au sein de l’organisation de l’union africaine, provoquant le retrait de Rabat de ladite organisation. Notons qu’après trois décennies d’absence, le royaume a fait son grand retour au sein de l’union africaine malgré la farouche opposition d’Alger, marquant une victoire diplomatique de plus pour Rabat.

En 1981, lors du vote du Parlement européen relatif à l’approbation du rapport du député irlandais Patrick Lalor, l’institution européenne qualifie le problème du Sahara, dans sa résolution, d’algéro-marocain et mentionne notre voisin de l’est comme une « base d’agression contre le Maroc ». A la question de savoir pourquoi Alger entretient-t-elle une telle hostilité à l’égard de Rabat, nous répondrons que dans un contexte de guerre froide où le Maroc figurait en tant qu’allié du bloc ouest, la stratégie et l’ambition hégémonique d’élever l’Algérie au rang d’unique puissance au sein du Maghreb menée par Boumediene y est pour beaucoup.

Suivant une logique diplomatique afin d’éviter de mettre « la région à feu et à sang », le Maroc d’Hassan II n’a mit de côté aucune voie ou solution diplomatique. A l’occasion du sommet africain de Nairobi en 1981, Rabat propose la solution du referendum confirmatif, mais ce dernier n’a pu avoir lieu en raison de la difficulté à déterminer un corps électoral.

Lors du mandat de Chadli, une réconciliation entre Alger et Rabat donnant naissance à l’union du Maghreb arabe a eu lieu lors du sommet de Marrakech en 1989, mais après la destitution de Chadli, l’enclenchement de la guerre civile quelques années plus tard et enfin l’arrivée au pouvoir de Bouteflika, un des pères fondateurs du Polisario en 1999, le dossier reste figé.

Notons que la mission des Nations-Unies, également connue sous le sigle MINURSO, fut formée et envoyée au Maroc en 1991 dans l’objectif de surveiller le cessez-le-feu et aider à organiser un éventuel referendum. Le dossier de Tindouf reste quant à lui jusqu’à l’heure actuelle une aberration et un désastre humain dans la mesure où un nombre inconnu de personnes, du fait de la réticence d’Alger à laisser l’ONU effectuer un recensement, sont séquestrés au sein de camps, sous la merci des dirigeants du Polisario qui n’hésitent pas à bafouer leurs droits les plus fondamentaux.

En 2015, suite à une épopée diplomatique sans relâche, le nombre d’Etats reconnaissant le Polisario a diminué de plus de 50%, passant de 70 à 30, et lors de la célébration du 30ème anniversaire de la marche verte, le roi Mohamed VI annonce sa volonté de consulter les partis politiques et les habitants de la région quant à la volonté de Rabat de présenter le plan d’autonomie des provinces du sud comme solution définitive et sans appel au conflit. Pour ce faire, un conseil royal consultatif pour les affaires sahariennes (CORCAS) est mis en place. En avril 2007,  le Maroc présente à Ban Ki Moon, secrétaire général de l’ONU de l’époque, son initiative pour la négociation d’un statut d’autonomie de la région du Sahara. Dans sa résolution 1783 du 31 octobre 2007, le conseil de sécurité félicite les « effort sérieux et crédibles faits par le Maroc pour aller de l’avant vers un règlement » et demande aux parties concernées d’engager des négociations de fond.

Le 21 avril 2008, l’envoyé personnel du secrétaire général des Nations Unies pour le Sahara, Peter Van Walsum déclare devant le conseil de sécurité que « l’indépendance du Sahara occidental n’est pas une option réaliste pour résoudre le conflit et qu’une véritable autonomie sous souveraineté marocaine est la seule solution possible ». Cette position fut partagée par Alessandro Wolf et Jean-Maurice Ripert, respectivement ambassadeurs des Etats-Unis et de la France à l’ONU.

Par ailleurs, dans sa résolution 2099 du 25 avril 2013, le conseil de sécurité de l’ONU établit un lien entre le conflit autour du Sahara et la stabilité et la sécurité dans la région sahélo-saharienne puisque la sympathie du Polisario à l’égard de groupes terroristes tels qu’AQMI et sa collaborations avec narcotrafiquants et autres passeurs à la tête de réseaux de trafics humains n’augurent pas bon présage.

On terminera cette série d’articles dédiée au Sahara marocain par la citation du Doyen Vedel, éminent professeur de droit public français qui, en parlant de ce dossier disait : « La création d’un conflit autour de la restitution du Sahara marocain au Maroc sera un sujet d’étonnement pour les historiens de demain ».

 

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