Le 6 novembre 1975 : retour sur les coulisses de la marche verte.

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Le 5 novembre 1975, Feu Sa Majesté le Roi Hassan II annonçait à l’occasion d’un discours adressé à la Nation à partir du palais royal d’Agadir, le lancement, le lendemain  6 novembre 1975, de la marche verte.

« Véritable miracle » en ce qu’elle peut « aboutir à des résultats qu’une entreprise militaire ne pourrait obtenir », la marche verte avait pour objectif de permettre à 350.000 civils marocains, désarmés, de franchir la frontière qui séparait le Sahara du reste de la mère-patrie et « d’embrasser une terre qui est la leur ».

En effet, en 1975 les espagnols décident d’accepter un transfert de souveraineté du Sahara. Dans la foulée, avant que ce transfert n’ait lieu, Feu Hassan II introduit un recours devant la haute cour internationale de justice de La Haye. C’est ainsi que le 17 septembre 1974, le monarque annonce son intention de porter l’affaire du Sahara devant la cour internationale de justice de La Haye. La question soumise aux juges était double. Il s’agissait en effet dans un premier temps de savoir si le Sahara, était comme le prétendait l’Espagne une terre n’appartenant à personne au moment de sa colonisation, et si les territoires en question avaient  et entretenaient des liens avec le pouvoir central marocain

C’est la veille de la commémoration annuelle du départ en exil de Feu Mohammed V que l’idée d’organiser cette marche, pilier de l’histoire moderne du Royaume, serait venue au défunt monarque. C’est ainsi qu’au lendemain du discours annuel du 20 août 1975, qu’Hassan II convoque ceux qui allaient devenir les trois responsables de la marche verte, à savoir le général Achahbar, le général Bennani et le colonel major Ziati qui prêtèrent serment, à huit-clos,  de ne rien divulguer des plans d’Hassan II à qui que ce soit.

Etant capable de rassembler plus de deux millions de marcheurs, le nombre de 350.000 marcheurs annoncé par Hassan II n’est ni anodin, ni le fruit du hasard puisqu’il correspond au nombre de naissances de l’année 1975. Dès lors, un gigantesque travail de logistique et planification a débuté dans le plus grand secret entre les trois protagonistes précités et le roi afin d’organiser ce qui allait être un tournant dans l’histoire moderne du Maroc. Ce n’est qu’au début du mois d’octobre que le gouvernement ainsi que les gouverneurs ont été mis au courant des plans de Hassan II.

Le 16 octobre 1975, la CIJ rend son avis consultatif  où elle affirme que le territoire n’était pas  terra nullius lors de la colonisation, et qu’il existait au moment de la colonisation espagnole de liens juridiques d’allégeance (Al Bayaa) entre le sultan du Maroc et certaines tribus vivant sur le territoire du Sahara. Cet avis ne fit que conforter le monarque dans son idée de lancer la marche verte, dont il annoncera l’organisation dans un discours, le jour même.

Sur les 350.000 marocains volontaires, 35.000, soit 10% de l’effectif total, étaient des femmes, dont certaines étaient enceintes. C’est ainsi qu’à l’occasion de cette marche que 11 bébés ont vu le jour.

En lançant cette marche, le pari entrepris par Hassan II reposait essentiellement sur une dimension psychologique car il était difficile d’imaginer que des militaires allaient ouvrir le feu sur 350.000 civils désarmés, et c’est en effet ce qui se produisit car aucun mort ne fut à déplorer durant cette glorieuse marche.

Après le départ de la marche, un accord fut signé à Madrid le 14 novembre 1975 entre le Maroc, l’Espagne et la Mauritanie fixant les modalités de rétrocession des territoires avant février 1976 et le transfert de l’administration du territoire à Rabat et à Nouakchott ; cette dernière finalement y renoncera en 1979, date à laquelle le Maroc exerça de nouveau sa souveraineté sur tout le territoire.

Le 26 février 1976, après avoir réussi à faire hisser le drapeau national sur le sol de Laâyoun, Hassan II dans un discours prononcé en arabe sur les ondes marocaines annonce que « la marche verte a rempli sa mission » et que « Nous devons tous rentrer ».

Pour l’anecdote, notons que l’un des classiques de la chanson marocaine a vu le jour dans le cadre de l’organisation de la marche verte, et ce, en l’espace de 24 heures. En effet,  à l’annonce de l’organisation de la marche, le 16 octobre 1975, Fathallah Laghmari, en écoutant l’appel du souverain depuis Marrakech, a en vingt minutes écrit les paroles de ce qui deviendra plus tard « Sawt El Hassan » (la voix de Hassan). C’est le compositeur Abdallah Issami qui créa la mélodie accompagnant les paroles qui seront portées et interprétées par l’orchestre royal.

Pour écouter « Sawt El Hassan » :

< https://www.youtube.com/watch?v=soIEzJpsB70 >

Pour aller plus loin dans la compréhension du conflit autour du Sahara marocain, un article en deux parties est à lire en cliquant sur les liens suivants :

  1. http://discoverymorocco.net/conflit-autour-sahara-historique-dune-escroquerie-politique-diplomatique/
  2. http://discoverymorocco.net/le-conflit-autour-sahara-marocain-historique-dune-escroquerie-politique-et-diplomatique/

 

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