L’accord de libre-échange entre le royaume du Maroc et les Etats-Unis d’Amérique

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Un pétrolier en mer

Le 15 juin 2004, le Maroc et les États-Unis signent un accord de libre-échange à Washington, ce qui est le premier signe de la suprématie américaine dans l’accord. Mais il a fallu attendre le 1erjanvier 2006 pour que l’accord entre en vigueur ; on est à l’aube de sa treizième année d’effectivité et l’heure des constats est arrivée.

Un accord de libre échange

Un accord de libre-échange vise la suppression ou un abaissement des barrières tarifaires ou non tarifaires entre deux pays (accord bilatéral), dans notre cas d’espèce le Maroc et les États-Unis, ou plusieurs pays (accord multilatéral). Des réglementations qui peuvent entraver le libre-échange peuvent aussi être supprimées ou limitées. L’accord de libre-échange porte donc sur les biens et services, mais ne concerne pas les travailleurs, l’accord ne vise qu’à faciliter la libre circulation des capitaux, des biens et des services.

 

L’accord de libre-échange est donc un échange de bons procédés, l’un vend à l’autre ce qu’il produit le mieux et le moins chère. L’exportation devient donc le moteur de la croissance de la production, car elle offre de nouveaux débouchés aux entreprises nationales, c’est donc un avantage conséquent pour le Maroc, car qui plus est les consommateurs étasuniens ont un pouvoir d’achat bien supérieur à celui des Marocains, les entreprises marocaines peuvent donc ambitionner d’avoir un profit plus important avec ces consommateurs. De plus, le Maroc a une main-d’œuvre beaucoup moins chère que celle des Etats-Unis donc un coût de production marginal bien plus faible que ces homologues américains, il y a aussi un facteur monétaire qui joue en faveur des exportations marocaines, car le dirham (la monnaie nationale marocaine) est plus faible que le dollar (la monnaie nationale étasunienne), de fait au 22 octobre 2018 la convertibilité dirham-dollar s’établie à 9,49 dirhams pour 1 dollar, donc pour un dollar on peut avoir plusieurs dirhams, ce qui permettra de pouvoir acheter plus de choses au Maroc qu’aux États-Unis. Ainsi il peut paraître que les entreprises marocaines possèdent une compétitivité prix supérieure. Cependant les importations peuvent au contraire être un frein à la croissance marocaine, d’un point de vue monétaire, car l’inverse est aussi vrai, éducatif, technologique et donc surtout d’un point de vue structurelle.

Un déséquilibre structurel

Ainsi dans la théorie l’accord de libre-échange permet un développement des deux économies, un échange de technologie, de procédés qui est intéressant pour les entreprises, mais cet accord entre le Maroc et les États-Unis d’Amérique souffre d’un déséquilibre structurel, car un accord entre la première puissance économique, militaire, technologique et culturelle du monde face au Maroc ne peut qu’être déséquilibré. Les États-Unis possèdent une économie diversifiée, dynamique qui se repose sur des universités puissantes, comme Harvard qui permettent aux entreprises américaines d’être très compétitives, il y a donc des grandes entreprises américaines à ambition internationale dans tous les secteurs, par exemple Google ou Apple dans les nouvelles technologies, Exxon Mobile dans les hydrocarbures ou Boeing dans l’aéronautique ; a contrario le Maroc n’a pas une économie diversifiée (les points forts du Maroc sont l’automobile, les phosphates et le pharmaceutique), ni dynamique (il y a peu d’entrepreneurs, innovations), et les universités marocaines sont très faibles sachant que l’élite marocaine se forme à l’étranger. La productivité américaine est boostée par le personnel très qualifié, des technologies les plus avancées au monde donc d’un point de vue de compétitivité prix le Maroc ne fait pas le poids, mais cela s’empire dans la compétitivité hors-prix car les entreprises américaines qui sont le nerf du soft power américain sont les plus attractives au monde, alors qu’aucune entreprise marocaine n’a de l’influence aux Etats-Unis. Ainsi faciliter les importations américaines est un danger pour les entreprises marocaines qui peuvent voir la demande intérieure préférer l’offre américaine.

Un constat mitigé   

D’un point de vue macroéconomique l’accord a permis depuis son entrée en vigueur de faire tripler le volume d’échanges entre le Maroc et les États-Unis d’Amérique. Les États-Unis représentent aujourd’hui 5,3% de l’ensemble des échanges du royaume avec le reste du monde, l’oncle Sam est devenu le 4èmefournisseur du Maroc et son 5èmeclient. Mais le Maroc n’est que le 64èmeclient des États-Unis et le 73èmefournisseur, le royaume chérifien n’est donc qu’un partenaire minime pour la première puissance mondiale. Les échanges entre ces deux pays sont donc insignifiants dans le volume des échanges commerciaux internationaux.

Ainsi, cet accord de libre-échange ne représente pas une opportunité pour le Maroc, mais un risque pour les entreprises marocaines qui souffrent de cette compétition alors qu’elles ne sont pas toutes prêtes. Ce système permet donc à quelques groupes marocains surtout dans les services comme dans les banques et assurances avec BMCE Bank, Attijariwafa Bank ou bien Maroc télécom par exemple, qui ont profité de cette libre concurrence pour constamment s’améliorer, les pousser à se renouveler et à s’introduire dans d’autres pays, mais dans ce climat concurrentiel, conflictuel les petites et moyennes entreprises marocaines n’arrivent pas à s’installer. Un protectionnisme à la japonaise pour protéger des secteurs sensibles ou nouveaux peut être envisagé par le Maroc ou c’est peut-être le moment pour le royaume de laisser faire le capitalisme globalisé qui fait souffrir l’économie des pays au départ, mais qui transforme les habitudes, les méthodes afin de s’améliorer et de sortir d’un confort qui est in fine destructeur.

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