#EditoDeMexico11 : La recontextualisation d´un discours royal historique

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Pope Francis sits by King Mohamed VI, at the Mohammed VI Institute, a school of learning for imams, in Rabat, Morocco, Saturday, March 30, 2019. Francis's weekend trip to Morocco aims to highlight the North African nation's tradition of Christian-Muslim ties while also letting him show solidarity with migrants at Europe's door and tend to a tiny Catholic flock on the peripheries. (AP Photo/Mosa'ab Elshamy)

Chaque semaine, retrouvez l’Edito de Mexico sur DiscoveryMorocco.net dont l’auteur est Mohamed Badine El Yattioui, docteur en Science Politique de l’université de Lyon (France). Spécialiste des questions de sécurité globale et de gouvernance globale, il enseigne à la UDLAP (Universidad De Las Américas Puebla) au Mexique et à l’Université Jean Moulin Lyon III. Il préside le think-tank NejMaroc, Centre Marocain de Recherche sur la Globalisation qui publie une revue semestrielle et qui organise des événements dans différents pays et dirige le Séminaire Permanent sur le monde musulman (Observatorio sobre el mundo musulman) ILM .

SM le Roi, Amir Al Mouminine, a prononcé un discours historique lors de la visite du Pape François au Maroc. Pour mieux comprendre
les enjeux de cette visite et la portée de ce discours royal, recontextualisons.
La visite d´un Pape au Maroc n´est pas une totale nouveauté. SM Hassan II avait accueilli le Pape Jean-Paul II en 1985. C’était alors la première fois qu’un souverain pontife était reçu par un chef d’Etat musulman. Une rencontre couronnée d´un discours du Pape devant cent mille jeunes au stade Mohammed V de Casablanca. SM Hassan II, pour sa part, lui avait rendu visite au Vatican en 1980, en sa qualité de président du comité Al Qods, créé par la dixième conférence des ministres des affaires étrangères des pays musulmans.

SM Mohammed VI bénéficie toujours de ce titre, et pour cette raison, il a signé l´Appel d´Al Qods avec le Pape François “pour la préservation de la ville sainte en tant que patrimoine commun de l’humanité”. L’Appel insiste sur ce statut particulier pour les croyants des trois religions monothéistes alors que Donald Trump l´a reconnu comme capitale d´Israel il y a quelques mois. SM le Roi Mohammed VI, président du comité Al Qods, a voulu affirmer comme primordial la conservation et la promotion du caractère multi-religieux de la ville sainte, en présence du leader catholique. Afin de démontrer la place centrale du Maroc dans ce processus complexe, précisons que la veille. SM le Roi Mohammed VI et SM le Roi Abdallah II de Jordanie “ont réitéré leur soutien total au peuple palestinien pour le recouvrement de tous ses droits légitimes et l’établissement de son Etat palestinien indépendant, dans les frontières du 4 juin 1967, avec Al Qods-Est comme capitale, sur la base des résolutions internationales pertinentes, l’Initiative de paix arabe et le principe de la solution de deux Etats”.
Le Maroc, de par son Histoire et sa géographie, se doit de jouer un rôle central dans le dialogue interreligieux. De plus, le statut religieux du souverain marocain est un immense avantage pour defendre des positions internationales basées sur la cooperation, la négociation et le dialogue permanent. SM le Roi l´a très bien exprimé: “en tant que Commandeur des Croyants, Je ne peux parler de Terre d’Islam, comme si n’y vivaient que des musulmans. Je veille, effectivement, au libre exercice des religions du Livre et Je le garantis. Je protège les juifs marocains et les chrétiens d’autres pays qui vivent au Maroc”.
Les Rois du Maroc sont écoutés et respectés sur le plan international du fait de leur légitimité religieuse, ascendance prophétique, et leur capacité de dialogue sans exclusive. Au delà de cette visite papale, le Maroc est l´un des rares pays musulmans pouvant échanger sans tabous avec les représentants de la religión juive. Il s´agit là d´un acquis historique fort découlant de la capacité de la monarchie à rassembler sur le plan intérieur comme extérieur.

De plus, la question du terrorisme complexifie encore plus le traitement des dossiers internationaux. Là encore, le Maroc est un acteur clé afin de sortir des amalgames lié à la religion musulmane. Le Royaume agit de différentes manières. Par la coopération sécuritaire, pour laquelle il a démontré son expertise, mais également la formation théologique (celle des imams africains et français) avec l´Institut Mohammed VI à Rabat. La phrase de SM le Roi était parfaite “ce que tous les terroristes ont en commun n’est pas la religion, c’est précisément l’ignorance de la religion”.

Dans un monde marqué par les crises et les conflits internationaux il est plus que jamais nécessaire de développer ce type de rencontres au plus haut niveau de l´Etat afin d´appuyer et légitimer une meilleure connaissance des autres religions et civilisations. Concluons avec cette phrase royale: “Mon plaidoyer pour l’éducation est un réquisitoire contre l’ignorance: ce sont les conceptions binaires et la méconnaissance qui menacent nos civilisations. Jamais la religion”, a dit le Souverain.

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El Yattioui Mohamed Badine, né en France de parents marocains, est docteur en Science Politique de l'université de Lyon (France). Il a rédigé une thèse intitulée "Les enjeux géostratégiques des programmes publics de Washington à destination de l'Amérique Latine, de George Bush père à George Bush fils (1988-2008)". Spécialiste des questions de sécurité globale et de gouvernance globale, il enseigne à la UDLAP Cholula, Puebla (Universidad De Las Américas Puebla) au Mexique et à l'Université Jean Moulin Lyon III. Il préside le think-tank NejMaroc, Centre Marocain de Recherche sur la Globalisation qui publie une revue semestrielle et qui organise des événements dans différents pays et dirige le Séminaire Permanent sur le monde musulman (Observatorio sobre el mundo musulman) au sein de la UDLAP qui s'apprête à publier un livre sur les institutions politiques du monde musulman contemporain en espagnol. Il a publié des articles académiques pour des revues marocaines, mexicaines et colombiennes et a participé à des conférences au Maroc, en France, en Colombie et au Mexique.

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