La diglossie marocaine, le vrai problème du système éducatif

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Lycée Hassan II à Rabat en 1940

Ces dernières semaines, un débat enflamme les discussions dans les cafés et sur les réseaux sociaux marocain qui porte sur la volonté d’introduire des mots de darija, le dialecte marocain dérivé de l’arabe classique.

Mais cette volonté n’est pas anodine, et surtout elle est fondée, car beaucoup d’experts estiment que c’est la diglossie qui règne au Maroc qui empêche l’installation d’un système éducatif performant ; la diglossie est le fait que dans un même territoire deux langues ou variétés linguistiques coexistent.

Cela est donc le cas au Maroc, l’arabe classique, littéraire qui est utilisé comme langue d’enseignement à l’école, et le dialecte marocain qui est parlé avec sa famille, dans la rue, enfin dans la vie courante, il faut ajouter à cela le berbère, qui est parlé par une partie de la population marocaine dans la vie courante en plus de la darija, du français qui est utilisé pour enseigner les sciences dans le secondaire et surtout dans le supérieur, et de l’anglais qui se propage dans les écoles privées, de commerce qui sont plébiscités par les jeunes marocains.

La vie d’un marocain d’aujourd’hui est très complexe et encore plus dans le domaine de la communication linguistique, métaphorique et intellectuelle, où il passe le matin de la darija avec ses parents, de l’arabe pendant ses cours d’éducation islamique par exemple et ensuite il doit parler français pour son cours de physique-chimie et enfin quand il rentre chez lui, il doit améliorer son anglais pour pouvoir avoir une place dans un monde globalisé.

La multitude de ces langues que le jeune marocain doit manier engendre le fait qu’il n’en maîtrise aucune parfaitement, surtout quand les variétés linguistiques sont aussi différentes, avec la darija et le berbère qui sont essentiellement des langues orales et donc plus flexible que l’arabe littéraire qui est une langue écrite avec une grammaire et un vocabulaire complexe comme le français.

La transmission de connaissance, l’héritage intellectuel est donc enrayé par la diglossie marocaine, car pour assimiler, comprendre et ensuite développer des idées théoriques il faut maitriser parfaitement l’outil qui permet ceux-ci, c’est-à-dire le langage.

Ainsi, l’initiative de la réforme des programmes scolaires d’introduire des mots de darija qui a été fortement contesté et incomprise par une partie de la population n’est pas infondé, même si elle ne va pas jusqu’au bout du problème et que vouloir introduire de plus en plus un dialecte qui par définition n’a pas de règle rigide et omet une complexité nécessaire pour construire une conscience aiguisée est une erreur sachant que l’arabe permet cette complexité. Cependant elle met le doigt sur un point qui est essentiel dans la compréhension de notre système éducatif qui est malade, car on peut changer les programmes scolaires dans le fond, la pédagogie et augmenter le budget de l’Education nationale autant qu’on veut si on ne résout pas le problème de l’outil de transmission, on ne sortira jamais de cette impasse qui bloque le pays en entier.

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