La bataille des trois rois

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Palais El Badi édifié par le sultan Ahmed al-Mansur pour célébrer la victoire de la bataille des trois rois

Il y a des batailles qui comptent plus que d’autres. Il y a des batailles importantes mais qu’on oublie. Mais une seule bataille, celle qui te fait perdre ou gagner la guerre reste dans l’histoire, le temps qu’une autre guerre remplace, échange les pouvoirs, les enjeux. La bataille des trois rois fait partie de celle qui change le cours de l’histoire d’un pays.

Il faut déjà planter le décor pour déceler les enjeux de cette bataille. Nous sommes à la seconde moitié du XVIèmesiècle. L’Espagne connaît le début de son siècle d’or, après la découverte de l’Amérique en 1492 par Colomb ; l’Empire Ottoman connaît la fin de son apogée avec la mort de Soliman le Magnifique. En somme, le continent européen est le centre d’impulsion mondial et la Méditerranée est encore son centre d’attention. L’Empire Ottoman étend ses frontières jusqu’au Maroc, auquel il est indirectement allié, car les corsaires marocains de Salé rendaient dangereux les routes de commerce avec l’Amérique en attaquant les navires commerciaux européens. La place de ces corsaires prend une plus grande importance après la bataille de Lépante où la quasi-totalité de la flotte ottomane fût détruite.

Une guerre civile

Cette bataille est surtout l’épilogue d’une guerre qui oppose deux héritiers au trône appartenant les deux à la dynastie saadienne. À la mort du sultan Abdallah el-Ghalib, son fils, Muhammad al-Mutawakkil, se proclame immédiatement sultan, alors que la règle l’attribue à Abu Marwan Abd al-Malik. Les deux s’opposent, se font la guerre, mais Abu Marwan prend vite l’ascendant grâce au soutien des Ottomans, qui ont formé son armée. Muhammad Al-Mutawakkil se réfugie au Portugal et demande l’aide du roi Sébastien Ier. Le roi du Portugal profite de cette occasion pour entreprendre à réaliser son rêve d’envahir le Maroc, afin d’arrêter l’expansion ottomane, musulmane en offrant une contre-attaque chrétienne. En effet, la grande puissance de l’époque, l’Espagne, soutient le Portugal, avant de retirer ses troupes. Sébastien Ierdécide toute même d’envahir le sultanat du Maroc.

Les belligérants

Le Portugal rassemble sa flotte au port de Lagos, capable d’embarquer à son bord l’armée chrétienne de seize milles hommes aux ordres de Sébastien Ier. Cette armée est majoritairement composée de fantassins, et de seulement mille cinq cents cavaliers, dont la plupart ne sont que des mercenaires étrangers avec comme seule motivation que le butin promis à la fin de la guerre. Les troupes portugaises rejoignent les rebelles marocains (environ deux mille hommes) soutenant le sultan déchu Muhammad Al-Mutawakkil à Tanger. Les forces du roi Sébastien Iercomptent donc dix-huit mille hommes lourdement armées, ainsi que trente-six canons.

L’armée marocaine compte quatorze mille fantassins, quarante mille cavaliers, ainsi qu’une quarantaine de canons. De plus, les espions marocains ont permis de connaître la composition exacte de l’armée portugaise, le contraire ne fut pas le cas. Les forces du sultan Abu Marwan avaient l’avantage de connaître le terrain ; il est à noter aussi que les tribus marocaines ont répondu à l’appel au djihad contre l’Infidèle en envoyant quinze mille cavaliers.

La bataille

Après quelques escarmouches au nord du Maroc, Sébastien Ierdécide d’aller au plus court en affrontant directement les armées royales marocaines près de l’oued Makhazin non loin de la ville de Ksar El kébir. Les Portugais prennent l’ascendant en repoussant une offensive marocaine et en menant une contre-offensive victorieuse. Cependant, les erreurs du roi du Portugal, laissant le gros de son armée sans commandement et la mort du sultan Abu Marwan Abd al-Malik permettent aux Marocains de reprendre le dessus. Le roi Sébastien Ierrefusant de se sauver est tué, sur les seize milles homme partis de Lagos, moins d’une centaine ont pu rentrer à Lisbonne. Le Maroc est vainqueur et peut garder sa souveraineté.

Les répercussions

Au Portugal, on reproche au défunt roi Sébastien Ierd’avoir été obstiné à mener cette guerre alors que des conseillers lui avaient indiqué les risques importants de défaites et les dangers auxquels il livrait le Portugal en cas d’échec. Ces peurs se concrétisent pour le Portugal, car cette défaite met fin à son expansion coloniale. Le roi n’avait pas d’héritier, ce qui fragilise la lignée d’Aziz en même temps que le pays. Le Portugal va perdre son roi, sa noblesse, son armée et son indépendance au profit de l’Espagne qui en prend le contrôle pour soixante ans.

Au Maroc, cette victoire est vue comme celle de tous les Musulmans. Le sultanat affirme ses possibilités de résister à la pression ottomane, tout en remerciant la Sublime Porte. Le butin enrichit le pays et règles les différends de succession.

Le Maroc a connu dans les siècles suivants de nombreuses tentatives d’invasion, d’intimidation, de mise sous tutelle, souvent encouragés par des dissidents de l’intérieur, qui ont nui à l’indépendance de chaque homme et femme du Bled.

Bien que la comparaison soit anachronique, il est à rappeler que c’est dans des circonstances similaires que le Maroc fut mis sous protectorat. En effet, Abdelhafid ben Hassan Alaoui s’est imposé comme sultan du Maroc contre son frère en 1907, mais son autorité est remise en question et il contrôle de moins en moins la situation intérieure. Sa soif absolue de pouvoir le pousse à demander l’aide de la France pour garder son trône. En 1911, la France envahit le Maroc, libère le sultan, est le contraint à signer le traité de Fès, le 30 mars 1912, qui met fin à l’indépendance du pays.

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