Kahina: L’héroïne du Maghreb

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Kahina, l'heroîne du Maghreb

Kahina ou Dihya était une reine guerrière berbère et une chef religieuse et militaire qui a mené la résistance indigène à la conquête musulmane du Maghreb, la région alors appelée Numidia. Elle est née au début du 7ème siècle et est morte vers la fin du 7ème siècle dans l’Algérie moderne.

D’appartenance maghrébine, la Kahina est connue à travers toute l’Afrique du Nord, il ressort qu’elle a subjugué par sa beauté et particulièrement celle de sa chevelure dont il est dit, en ce qui concerne la Kahina, qu’elle est « éployée comme les ailes de l’aigle », mais également par sa force de caractère qui la mènera jusqu’au bout de ses convictions et jusqu’à la mort.

Ses origines:

Son nom personnel “Dihya” était le surnom donné par ses adversaires musulmans en raison de sa capacité réputée à prévoir l’avenir. Elle est née dans la tribu Jrāwa (étaient une confédération tribale berbère Zenata nomade convertie au judaïsme, qui a prospéré dans le nord-ouest de l’Afrique au cours du 7ème siècle) Zenata (était une tribu berbère, qui habitait une zone s’étendant de l’Égypte occidentale au Maroc dans l’antiquité avec les Sanhaja et Masmuda. Leur style de vie était principalement nomade), au début du 7ème siècle. Les historiens arabes ont écrit qu’elle était une “sorcière juive”, et à cause de cette croyance, elle a été capable de vaincre les envahisseurs arabo-islamiques, qui se sont retirés dans l’est de la Tripolitaine. Pendant cinq ans, elle a gouverné un état libre berbère des montagnes d’Aurès (un prolongement oriental du système des montagnes de l’Atlas qui se trouve à l’est de l’Atlas saharien dans le nord-est de l’Algérie) à l’oasis de Gadames (une ville berbère de l’oasis dans le district de Nalut de la région de Tripolitaine dans le nord-ouest de la Libye).

La Kahina, un personnage historique, est une princesse berbère qui s’est opposée, au 7ème siècle, aux Arabes et à l’implantation de l’islam lors de l’invasion du Maghreb par les troupes d’Hassan. L’histoire retient d’elle qu’elle a rassemblé les différentes tribus contre l’envahisseur ; grâce à cette union, les Berbères ont réussi à arrêter les troupes arabes et à les renvoyer en Tripolitaine. Son nom, qui est en fait un surnom et signifie                      « la prophétesse », lui accorde des pouvoirs surnaturels de devineresse qui vont nourrir sa légende.

Ces différentes versions ont laissé des traces dans les mémoires collectives et ont stéréotypé l’image de cette femme. Elle est considérée comme la femme qui a défendu son territoire contre l’envahisseur. Guerrière exceptionnelle, forte, qui protège les siens, elle laisse le souvenir d’une bienfaitrice.

Elle, encouragant la politique de la terre brûlée, aurait retourné les autochtones contre elle au point de se faire massacrer. L’endroit où elle serait morte retient la mémoire de son nom « Bir El Kahina ». Elle a donc subi la vindicte populaire de manière injuste puisque, malgré ses actes, elle a sauvé le pays. Cette injustice, exercée à son encontre, a certainement conforté l’image de grandeur de la Kahina qui n’a pas été violente envers les populations autochtones.

Il semble que la Kahina a persisté dans les mémoires collectives comme le symbole de la résistance contre l’ennemi.

 

Sous Copyright

 

En littérature, la Kahina est présente autant chez des auteurs marocains, algériens que tunisiens. Cette héroïne apparaît, en effet, comme la Maghrébine par excellence, puisque, à l’époque où elle vécut, les frontières des différents pays du Maghreb n’étaient pas délimitées et que son histoire l’a menée de la Tunisie au Maroc en passant par l’Algérie : chacun des peuples des trois pays la revendiquant comme étant sienne. De plus, symbole de la résistance berbère face au monde arabo-musulman, elle est donc le plus souvent utilisée par des auteurs qui défendent la cause berbère tels que l’Algérien Kateb Yacine ou le Marocain Mohammed Khaïr-Eddine.

Mohammed Khaïr-Eddine, quand à lui, écrivain marocain, fait intervenir la Kahina dans ses deux premiers romans (Agadir, et Corps négatif suivi de Histoire d’un bon Dieu), en privilégiant le caractère rebelle du personnage et en le mettant en scène dans des situations contemporaines ; la Kahina devient alors le symbole de la résistance à l’ordre établi. Cependant, ces interventions sont brèves et se présentent sous forme de dialogues qui permettent à l’auteur de transmettre à ses contemporains son propre message politique. Par la voix de ce personnage qui est entré dans la légende, Mohammed Khaïr-Eddine dénonce la situation déplorable de ses compatriotes et critique le pouvoir central. L’utilisation de cette figure symbole de la résistance berbère accentue le message. Dans son premier roman, il la présente même comme une communiste. Son statut de femme mythique permet à l’auteur de lui faire tenir certains propos qui ne pourraient être exprimés par d’autres personnages. Elle symbolise la résistance et veut assassiner le roi :

Vos royautés cent fois interdites, vos danses d’éclipses, vos interruptions dans le galop du sang, vos crimes, vos fastes sans basilic, sans vraie fête le peuple opprimé de faim molesté d’astres intangibles pérégrinant aux confins du néant, vos soldats mandataires vos bistrots et vos corrupteurs nous ont réveillés par leur vaste chahut. Nous connaissons bien ton rôle. Tu devras donc cesser de lutter pour une cause nuisible. Faire venir le peuple ici. Nous lui inculquerons notre vérité et notre angoisse

M. Khaïr-Eddine, Agadir, Seuil, 1967, p. 59.

Ce personnage historique en fait un mythe par l’irréalité qui semble l’entourer. La forme même de l’écrit, qui associe le récit à la poésie, renforce la particularité de ce personnage venu de nulle part et allant nulle part. Si elle véhicule une figure positive dans la mesure où elle représente la résistance et la révolte, la Kahina, comme personnage symbolique, renvoie à des réalités différentes, politiques (berbère, maghrébin…) ou féministes. Il semble bien que chacun donne à ce personnage le sens qu’il désire en oubliant parfois la réalité historique.

Cette femme Maghrébine a été utilisé afin de symboliser la résistance féminine, pour la libération des femmes. Le personnage de la Kahina est un moyen de transmettre ce message.

comme le souligne Denise Brahimi au sujet de la Kahina, dans une étude qui lui est consacrée dans Femmes arabes et sœurs musulmanes :

La Kahina échappe aux hommes et à l’histoire pour entrer dans le mythe : c’est une autre manière de dire qu’elle ne correspond plus à une vérité vécue et observable parmi les femmes de son pays mais qu’elle survit avec la force d’une idée, d’autant plus indestructible qu’elle est profondément enfouie.

D. Brahimi, Femmes arabes et sœurs musulmanes, Tierce, 1984.

Référence électronique:
Recherches & Travaux.

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