Il était une fois la République du Bouregreg

0
1878
La Kasbah des Oudaias à Rabat

C’est dans la capitale actuelle du Royaume du Maroc qu’une véritable République est née, une République de pirates, de corsaires.

Ainsi la République des pirates du Bou Regreg était une cité-État de 1627 à 1668 dans les villes actuelles de Rabat et Salé que l’on englobait dans ce qu’on appelait Salé-Le-Neuf. C’est par l’installation d’Hornacheros dans la ville, qui sont des Andalous principalement arabophone qui ont fui l’Andalousie à la suite de la Reconquista, et de Morisques andalous que la ville se développe. En effet, ces personnes disposent de fortune importante et on réussit à les transporter au Maroc. Profitant de la place stratégique de l’embouchure du Bouregreg, la piraterie se développe et devient la principale source de revenue de la cité. La ville devient multiculturelle avec des Hollandais, des Espagnols, des Anglais qui participent à la prospérité de Salé-La-Neuf. Cependant la cité reste sous contrôle du sultan qui prélève 10% des prises des corsaires.

Mais avec le départ de Jan Janszoon, « grand amiral », en 1627, les habitants de la cité commencent à se rebellaient et à contester la légitimité du sultan Moulay Zidane, et notamment d’une dîme prélevait sur leurs revenus. Les Hornacheros prennent le pouvoir dans la ville et créent la République corsaire du Bouregreg ; une lutte avec les morisques andalous pousse les Hornacheros à accepter l’élection d’un caïd, la nomination d’un diwan (cabinet gouvernemental) avec une répartition paritaire des 16 sièges entre la Kasbah et Salé-Le-Neuf et enfin une égale répartition des richesses.

Cette République associant des pirates devient très connue, elle s’associe aux corsaires d’Alger et se met d’accord pour laisser le monopole de la Méditerranée aux Algérois et l’Atlantique à la République des corsaires. Les bateaux petits, mais rapide comme les polacres ou les caraques permettent aux pirates d’accoster sur les côtes européennes pour y faire des prisonniers chrétiens revendus ensuite au marché de Salé, notamment en Espagne où un réseau développé d’espionnage se met en place. Ils arrivent aussi à aborder les côtes de l’Islande, à atteindre la colonie britannique en Amérique de Plymouth, le Pays de Galles ou bien Baltimore. Les corsaires ont développé une stratégie aboutie dotée de nombreux subterfuges comme l’utilisation de pavillon de nation amie pour tromper les navires marchands ou bien ils s’avisaient contrôleur de « passeport » des navires pour aborder sans violence.

Cependant des luttes intestines entre les différentes communautés ou bien entre la Kasbah et Salé-La-Neuf brouillent la concorde républicaine. Ainsi une guerre civile en 1630 a éclaté entre les riches Hornacheros de la Kasbah et les plus modestes Andalous de la ville basse, il faut l’intervention de l’ambassadeur anglais pour que la guerre cesse. Ensuite en 1636, les Andalous de nouveau se révoltent et chassent les Hornacheros de la cité, il a fallu le bombardement de la Kasbah par la flotte anglaise pour avoir un cessez-le-feu. Toutes ces divisions permettent aux puissances étrangères d’intervenir dans les affaires intérieures de la République des corsaires, et surtout le sultan convoite de réintégrer Salé-La-Neuf, une première tentative a lieu en 1638, mais les soldats du sultan sont repoussés, puis un siège de 1660 à 1664 permet la chute de la Kasbah, la dynastie alaouite devient durant cette décennie de plus en plus puissante, la victoire de Moulay Rachid fût complété par la prise de Zaouïa de Dila en 1668 qui met un terme à l’aventure républicaine du Bouregreg.

Les corsaires républicains d’Andalousie, d’Hollande, d’Angleterre et de Navarre ont été les acteurs d’un épisode historique inédit au Maroc qui a permis par la suite au sultan Moulay Ismaïl d’avoir une flotte conséquente de corsaires qui navigue dans tout l’Océan Atlantique et qui peut intervenir sur toutes les côtes européennes qui lui assurent richesse et puissance.

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here