Gnaoua, un enracinement de la culture noire

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Sous Copyright : Gnaouas en 1920

Le nom Gnawa était probablement originaire de la langue indigène de l’Afrique du Nord et du désert du Sahara. On dit généralement que Gnawi vient du mot Guinée, parce que cette région de l’Afrique de l’Ouest est le lieu d’origine du premier Gnawa.

La phonologie de ce terme selon les principes grammaticaux de Berber est la suivante: agnaw (singulier), ignawen (pluriel). En fait,dans la langue tamazight de la région de Souss, au sud du Maroc, signifie «muet». Les Berbères du Souss se référaient ainsi aux esclaves noirs parce qu’ils parlaient des langues incompréhensibles pour eux. Le terme a changé à la langue arabe familière du Maghreb et d’Al-Andalus comme une manière de désigner les noirs en général, et il a été également employé pour se rapporter à la région d’où les esclaves venant au Maroc sont venus.

 

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Les Gnawa sont un groupe ethnique qui, avec le temps, est devenu une partie de l’ordre soufi au Maghreb. Tout en adoptant l’Islam, Gnawa a continué à célébrer la possession rituelle pendant les rituels où ils sont consacrés à la pratique des danses de possession et d’effroi. . Ce rite de possession s’appelle Jedba. Le terme fait également référence au style musical des réminiscences subsahariennes pratiquées par ces confréries ou par des musiciens qui en sont inspirés. C’est l’un des principaux genres du folklore marocain.

Les gnawa sont des chants des esclaves que les dirigeants arabes et berbères de l’Algérie et du Maroc actuels, et surtout ces derniers, ont retrouvés dans différentes régions de l’Afrique de l’Ouest avec le destin de leurs armées et la construction de villes et de forteresses. Une légende attribue au sultan Ahmad Al-Mansour Ad-Dahbi, la capture et le transfert au Maroc des ancêtres des Gnawa après la conquête de l’empire Songhaï en 1591, mais la vérité est que la traite des esclaves à travers le Sahara existe depuis des siècles et les gnawa ont des ancêtres d’origines diverses, comme en témoigne le vocabulaire d’origine subsaharienne qu’ils conservent dans leurs chansons. La formation des gnawa est un processus qui se déroule sur plusieurs siècles: ils ne proviennent pas d’un contingent déterminé d’esclaves.

Les Gnawa sont arabophones, dans les pays où l’arabe coexiste avec plusieurs langues berbères. Selon les Gnawa eux-mêmes, il y a encore quelques décennies, il existait encore parmi eux des personnes capables de parler la langue de leurs ancêtres esclaves. Leurs chansons contiennent un grand nombre de mots et d’expressions non-arabes, qui ont été identifiés par les chercheurs comme appartenant à différentes langues africaines, telles que le haoussa. Parmi ces mots, il y en a qui se réfèrent aux groupes ethniques ou aux lieux d’origine des gnawa, comme le bambara (rapporté à cette langue africaine), Hawsa (Hausa), Tinbuktu (Tombouctou), Madanika (Mandinka), Fulan (Fulani), etc.

Le mot bambara, qu’ils utilisent parfois de préférence pour désigner la langue de leurs ancêtres, donne aussi un nom à un type particulier de chanson, dans lequel la présence de mots africains est plus grande que dans des chansons d’un autre type.

 

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La transe hypnotique que pratique Gnawa par une musique de racines d’Afrique sub-saharienne et des danses qui évoquent des marabouts ou saints patrons, qui est censé être en mesure de chasser les démons et de guérir certaines maladies. Au Maroc, on pense que les gnawa sont des spécialistes de la guérison, grâce à cette intercession, les morsures de scorpion et les troubles mentaux en particulier.

Les instruments utilisés sont guembri, un son d’instrument à trois cordes et basse, tbel ou tambour qui est joué en utilisant un bâton courbe, et krakebs, les caractéristiques de castagnettes de métal. La musique est très rythmée et se caractérise par une chanson dialoguée dans laquelle un chef de file fait des invocations et réponse par le chœur, sur une mélodie simple de guembri accompagnés d’instruments de percussion et claquements de mains. Les danses sont aussi très rythmées. Les participants bougent habituellement la tête en cercle, un mouvement qui se transmet au reste du corps: ils se retournent alors, comme les derviches, pendant qu’ils s’accroupissent et continuent de tourner; de cette façon, ils entrent en transe.

Les gnawa portent également des vêtements particuliers, dont la principale caractéristique sont les éléments décoratifs à base de coquilles de cauris.

La musique Gnawa a été internationalisée grâce à des musiciens occidentaux tels que Bill Laswell, Adam Rudolph ou Randy Weston, qui l’ont inclus dans leurs compositions. Dérivé de cet intérêt externe, la production musicale des gnawa a connu depuis la dernière décennie du XXe siècle des retravaillements et des fusions pour un public plus large et déjà loin des mystiques-religieux, par la main d’artistes comme Hassan Hakmoun, qui organise grands spectacles pour les touristes, ou le groupe français Gnawa Diffusion.

Au Maroc uniquement, la musique Gnaoui est également représentée depuis peu par des groupes de femmes d’Essaouira (appelée Mqadamate féminin de maâlem). Leur musique se fait avec des Darboka, des plateaux en métal et parfois des Crakeb mais sans le Gambri à ce jour. Leur tenue ressemble à celle des hommes et leur danse est de forme conforme à celle du rituel.

Leur histoire, leur confrérie et leur musique ont beaucoup marqué le sort de la ville d’Essaouira. Elle était jadis un marché aux esclaves. Certains historiens parlent de maçons noirs venus de Marrakech pour la construction du port et de la Casbah d’Essaouira. D’autres remontent jusqu’au règne du Sultan Alaouite Moulay Ismail et sa garde noire ramenée de la Guinée. D’abord concentrée à Meknès, cette garde a été ensuite dispersée sur l’ensemble du royaume et en particulier à Essaouira au moment de sa fondation. Leur confrérie parce que les Gnanoua ont édifié un sanctuaire. C’est la Zaouia de Sidna Bilal qui se trouve dans la partie ouest de la ville, non loin de l’entrée du vieux mellah, ancien quartier juif, et de l’océan. On vient massivement se recueillir au Mausolée de ce saint des gnaouis, leur guide mystique et repère spirituel. Leur musique parce que les Gnaoua sont surtout connus en tant que musiciens populaires. Une musique où le rythme, le mystique et la transe s’entremêlent dans une ambiance fumigène et encensée.

Comme tous les arts, la musique n’est pas destinée au seul plaisir des sens, elle est connaissance et sa fonction véritable c’est à travers la beauté, l’harmonie et l’écho des sens sondés dans leur profondeur, d’éveiller l’être à lui-même et ainsi de l’accorder à l’Univers.

Référence:

Jordi Aguadé, “Sur les gnawa et leur origine”, Etudes de dialectologie nord-africaine et andalouse, no. 4, 1999.

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