Entraînés Pour La Défaite: Les Soldats Marocains Pendant Les Années 1930

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Les Combattants de la Libérté. Sous Copyright

Pendant l’entre-deux-guerres, les régiments marocains étaient répartis sur trois continents différents, servant dans des théâtres d’opérations aussi divers que la Rhénanie, la Syrie et la Turquie, ainsi que les fronts internes du Maroc lui-même. La dispersion de ces troupes dans les pays étrangers découle de la conviction de Lyautey, affirmée au lendemain de la grande guerre, que le contingent marocain régulier dans les rangs du corps d’occupation ne devrait pas dépasser 20 000 hommes.

Qui était le soldat marocain typique de l’entre-deux-guerres? Les sources françaises contemporaines présentent le profil d’un individu simple, non averti, d’origine rurale, sans instruction et analphabète. Ses motivations à se joindre à l’armée étaient essentiellement de nature économique. D’autres motifs communs pour rejoindre l’armée étaient l’amour de la profession militaire et le goût de l’aventure (souvent associé à un parent plus âgé qui avait servi pendant la Grande Guerre) ainsi qu’un désir occasionnel d’échapper à une querelle personnelle avec les autorités tribales.

Le déménagement à la garnison régimentaire à la périphérie d’une ville a marqué un changement radical pour un nouveau soldat. Après avoir quitté son environnement familier, il fut encouragé à accepter sa compagnie comme sa famille de substitution, le bataillon comme son nouveau clan et le régiment comme sa tribu. La prise en charge de cette nouvelle identité était facilitée par la pratique dominante selon laquelle chaque régiment marocain recrutait ses effectifs à l’intérieur de la région géographique où il était stationné, permettant ainsi une certaine homogénéité dans ses rangs. En accord avec l’association de l’unité en tant que famille, le tirailleur s’habituait à s’identifier à ses camarades soldats, sous-officiers et commandants en tant que membres de la famille âgés à qui il portait une loyauté absolue.

 

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Le personnel français traitait ses subordonnés marocains (y compris les officiers) avec une familiarité condescendante commune aux traditions de longue date de l’Armée d’Afrique, par exemple en se référant aux soldats par leurs numéros de série au lieu de leurs prénoms. Cette attitude était plutôt anachronique étant donné la diminution de l’image romantique de l’entreprise coloniale et la diminution du nombre d’officiers français cherchant à servir à l’étranger.Contrairement à leurs prédécesseurs du dix-neuvième siècle, peu de diplômés des académies militaires françaises de l’entre-deux-guerres affectées à des unités nord-africaines se sont portés volontaires pour le faire. Ces officiers étaient moins motivés à étudier le dialecte arabe ou amazigh et devinrent ainsi dépendants des sous-officiers marocains pour communiquer avec leurs hommes.

En recherchant l’association volontaire initiée et dirigée par le maréchal Franchet d’Esperey. La CAA a cherché à établir une fraternité franco-maghrébine et à apporter un soutien moral aux jeunes recrues et aux soldats retraités. Avec son siège à Paris, elle a établi des succursales dans diverses villes métropolitaines et nord-africaines. C’est la première succursale marocaine ouverte à Rabat en 1936; huit ans plus tard, il était représenté dans 13 localités marocaines. Les militants de la CAA se sont engagés dans l’organisation d’événements sportifs et culturels dans leurs unités d’adoption et ont rendu visite aux soldats hospitalisés. La CAA a également exploité plusieurs centres locaux appelés «Dar Al Askri» (Maison du soldat autochtone), conçus pour assurer la liaison avec les soldats retraités et faciliter leur transition vers la vie civile. Un ancien combattant marocain disloqué et sans emploi pourrait trouver dans ces foyers, des repas gratuits et de l’aide pour trouver un emploi au sein de l’administration du Protectorat.

 

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Au début de la Seconde Guerre mondiale en septembre 1939, les huit régiments de tirailleurs marocains existants ont été rassemblés en France pour assurer la première ligne. Deux régiments supplémentaires ont été créés dans les garnisons marocaines au cours de la fausse guerre et expédiés en France, avec deux régiments spahi. À la mi-mai 1940, le contingent marocain de 12 régiments en France totalisait plus de 90 000 hommes, dont 83 000 d’origine marocaine.

La coexistence trompeuse le long du front de l’Ouest s’est brusquement interrompue avec l’invasion allemande des Pays-Bas, le 10 mai 1940. Les 12 régiments marocains ont été impliqués dans la bataille qui s’est ensuite déroulée le long de la frontière franco-belge.

Notons, par exemple, le passage suivant d’un soldat anglais de la Première Guerre mondiale, Guy Chapman, racontant une conversation avec des camarades alors qu’ils s’emparaient des tranchées des Français:

Quel genre de choses croyez-vous? il a demandé, je devais prendre les barrières de beaucoup de marocains, au moins je pense qu’ils étaient marocains, grands, grands bâtards noirs que vous ne pouviez pas voir dans l’obscurité, sauf quand ils montrent leurs dents, ils ne parlaient pas une langue que je pourrais reconnaître. J’ai rassemblé une chaise et je me suis assis près de la barrière. Ils s’entassaient autour de moi, bavardaient et me souriaient au visage. Cela m’a fait peur à mort.

La bataille de France ne fut pas la seule à laquelle participèrent les troupes marocaines en 1940. Alors que les régiments marocains réguliers étaient décimés par la machine de guerre allemande supérieure, un petit groupe d’irréguliers marocains s’engagea dans une rencontre moins meurtrière avec les forces italiennes sur la frontière libyenne-tunisienne. Les goumiers mixtes marocains dominent au sein du corps expéditionnaire ad hoc.

Le débarquement des troupes alliées à Casablanca en novembre 1942 et leur occupation subséquente du Maroc et de l’Algérie permirent la réintégration du principal vivier de ressources matérielles et humaines de la France à l’étranger avec l’effort de guerre français et allié de Gaule. Un mois plus tard, le premier contingent de goumiers marocains arriva en Tunisie et se joignit à d’autres irréguliers et troupes régulières organisés par la France pour affronter les forces de l’Axe.

La performance des goumiers marocains dans la campagne tunisienne, notamment lors de la bataille de Bizerte (mars-avril 1943), fut très appréciée par le commandement suprême allié, qui considérait les goumiers comme des «troupes de montagne expérimentées et de grands combattants».

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