#EditoDeMexico 82 : Où va la Royal Air Maroc ?

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Mohamed Badine El Yattioui, docteur en Science Politique de l’université de Lyon (France). Spécialiste des questions de sécurité globale et de gouvernance globale, il enseigne à la UDLAP (Universidad De Las Américas Puebla) au Mexique et à l’Université Jean Moulin Lyon III. Il préside le think-tank NejMaroc, Centre Marocain de Recherche sur la Globalisation qui publie une revue semestrielle et qui organise des événements dans différents pays et dirige le Séminaire Permanent sur le monde musulman (Observatorio sobre el mundo musulman) ILM.

Faire croire que les problèmes financiers de la RAM viendraient des salaires des pilotes font sourire. Le mal est profond et ce ne sont pas des mesures de ce type qui suffiront.

La gouvernance et la stratégie de la compagnie sont entièrement à revoir. Récemment, elle a surtout donné l’impression de subir les évolutions internationales sans les anticiper. L´échec d´Atlas Blue le démontre. Le low-cost est un marché et un système fonctionnant avec leurs propres règles. Il a son propre business model (ventes sur internet, temps d´escale réduits) ce que ne semble pas avoir compris la direction de la RAM. Mais ce n´est pas le seul échec.

Si l´on compare la compagnie nationale à ses concurrents, on peut parler de “gouffre” la séparant de certaines compagnies étrangères. La RAM doit grandir, se moderniser et s´adapter face aux demandes évolutives d´un marché concurrentiel. Pour le moment elle le refuse. Pourra-t-elle se le permettre encore longtemps?

Le PDG, Abdelhamid Addou, a une stratégie qui semble clairement insuffisante: “réduire la voilure pour préserver l’essentiel”. Selon lui, la RAM perdrait 50 millions de DH par jour. Le plan social engagé, en juillet, se donne comme objectif de se séparer de 858 salariés. Suite à une première vague de départs volontaires de 140 personnes, fin juillet, une procédure de licenciement économique a été lancée. Fin août, 140 salariés supplémentaires ont donc été avertis.

Depuis la COVID-19, la RAM réussit à survivre du fait du soutien de l’État. Ce dernier a contribué à la soutenir à hauteur de 6 milliards de dirhams, mais à condition qu’elle allège ses coûts. Addou a donc décidé de se séparer d’une une vingtaine d’appareils (qui seront loués ou revendus) et de réduire son personnel, comme nous l’avons vu. Le climat social est électrique. La stratégie limitée et peu audacieuse. Inquiétant.