#EditoDeMexico 78 : Le Royaume pose les jalons d’une industrie militaire

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Mohamed Badine El Yattioui, docteur en Science Politique de l’université de Lyon (France). Spécialiste des questions de sécurité globale et de gouvernance globale, il enseigne à la UDLAP (Universidad De Las Américas Puebla) au Mexique et à l’Université Jean Moulin Lyon III. Il préside le think-tank NejMaroc, Centre Marocain de Recherche sur la Globalisation qui publie une revue semestrielle et qui organise des événements dans différents pays et dirige le Séminaire Permanent sur le monde musulman (Observatorio sobre el mundo musulman) ILM.

Une loi permet désormais au secteur privé d’investir dans l’industrie militaire. Le projet de loi 10.20 relatif aux matériels et équipements de défense et de sécurité, aux armes et aux munitions a été voté au Parlement (à l’unanimité). Des unités industrielles privées dans ce secteur seront donc mises en place. Un décret d’application annoncera les membres de la commission nationale pour matériels et équipements de défense et de sécurité, aux armes et aux munitions qui accordera les autorisations.

Trois catégories existent désormais. La première englobe les équipements et armes destinés aux opérations militaires, les systèmes informatiques et outils de surveillance ou de communication. La deuxième concerne les produits destinés à la préservation de l’ordre et la sécurité publics. Enfin, la troisième porte sur les armes et munitions utilisés dans la chasse ou le tir sportif. De plus, le Parlement a voté un autre texte législatif concernant le contrôle des exportations de biens à double usage, civil et militaire. Il a une doublé utilité. Il met le Maroc en conformité avec les conventions internationales et protège en partie la future industrie d’armement. Notons que l’arsenal juridique encadrant les armes et les munitions, datait des années 1930.

Les futures sociétés devront être détenues par des capitaux marocains majoritaires. Le Maroc doit se créer son indépendance militaires pour des raisons géopolitiques et financières. La facture d’achat d’armes et de matériel militaire, entre 2010 et 2018, a été évaluée entre 35 et 40 milliards de dirhams selon un rapport du ministère chargé de l’administration de la défense nationale. Il semble donc urgent de réfléchir à une politique globale et intégrée en la matière, faisant travailler l’administration, les centres de recherche (publics et privés) et les entreprises privées marocaines.

Enfin, nous pouvons noter que cela fait parler en dehors de nos frontières. “Si le Maroc et l’Algérie sont des pays partenaires et amis, nous comprenons qu’il est impératif pour l’Espagne de maintenir sa supériorité militaire dans la région de la Méditerranée occidentale”, défend le parti VOX (droite nationaliste) au parlement espagnol, qui voit d’un mauvais œil la coopération militaire entre le Maroc et les Etats-Unis. Dans une proposition de loi, ce parti demande au gouvernement de Pedro Sanchez (gauche) de consacrer 2% du PIB au budget militaire. Dans son rapport du 27 avril 2020, sur les 40 pays ayant les dépenses militaires les plus importantes en 2019, le SPRI (institut basé à Stockholm) classe l’Espagne au 17e rang avec 17,2 milliards de dollars de dépenses annuelles (le Maroc ne figurait pas au classement). Le gouvernement espagnol ne critique pas le Maroc car ce dernier a acquis une place de choix. Il est son deuxième partenaire commercial en dehors de l’UE, il freine les vagues migratoires et il fournit une aide précieuse dans la lutte antiterroriste. La réciproque est vraie car l’Espagne est notre premier partenaire commercial, et nous fournit notre deuxième contingent de touristes. Les choses finiront par se calmer car les deux pays ont besoin d’une relation apaisée et stable.

Enfin, le Maroc est dans son bon droit avec la mise en place de cette industrie. Question de sécurité nationale.

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El Yattioui Mohamed Badine, né en France de parents marocains, est docteur en Science Politique de l'université de Lyon (France). Il a rédigé une thèse intitulée "Les enjeux géostratégiques des programmes publics de Washington à destination de l'Amérique Latine, de George Bush père à George Bush fils (1988-2008)". Spécialiste des questions de sécurité globale et de gouvernance globale, il enseigne à la UDLAP Cholula, Puebla (Universidad De Las Américas Puebla) au Mexique et à l'Université Jean Moulin Lyon III. Il préside le think-tank NejMaroc, Centre Marocain de Recherche sur la Globalisation qui publie une revue universitaire semestrielle et en parallèle, organise des événements dans différents pays. Par ailleurs, il dirige le Séminaire Permanent sur le monde musulman (Observatorio sobre el mundo musulman) au sein de la UDLAP dont la publication d'un livre sur les institutions politiques du monde musulman contemporain en espagnol au cours de l'année 2019 connaît un franc succès. De plus, il publie des articles académiques pour des revues universitaires et scientifiques marocaines, mexicaines et colombiennes tout en participant à des conférences/congrès au Maroc, en France, en Colombie et au Mexique.