#EditoDeMexico 76 : Quelle politique de cybersécurité pour le Maroc ?

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Mohamed Badine El Yattioui, docteur en Science Politique de l’université de Lyon (France). Spécialiste des questions de sécurité globale et de gouvernance globale, il enseigne à la UDLAP (Universidad De Las Américas Puebla) au Mexique et à l’Université Jean Moulin Lyon III. Il préside le think-tank NejMaroc, Centre Marocain de Recherche sur la Globalisation qui publie une revue semestrielle et qui organise des événements dans différents pays et dirige le Séminaire Permanent sur le monde musulman (Observatorio sobre el mundo musulman) ILM.

Entre avril et juin 2020, 13,4 millions d’attaques informatiques ont été recensées au Maroc, selon les résultats du Bulletin trimestriel sur la cybersécurité. Le réseau Kaspersky Security Network, le cybercriminel trompe sa victime en lui faisant croire qu’elle télécharge un programme légitime. Le Royaume est parmi les pays les plus touchés par les menaces informatiques associées à la navigation sur le Web. Selon Aspersoir, il y a une multiplication des attaques par des logiciels malveillants diffusés via des clés USB, des CD, des DVD notamment. Néanmoins, selon Kaspersky Security Network, le pourcentage d’incidents causés par des serveurs hébergés au Maroc reste très peu important au niveau mondial.

La cybercriminalité est le résultat du développement des technologies numériques et de leur mauvais usage. Elle se décline de différentes manières et va du piratage des comptes bancaires (des individus et des entreprises) à la pédopornographie. Si chaque pays se doit de definir sa stratégie, répondant à ses priorités en matière de sécurité nationale, une coopération entre les Etats est obligatoire du fait de la nature des menaces.

Une stratégie nationale de cybersécurité demande une vision à long terme. L’édition 2018 du Global Cybersecurity, publié par l’Union Internationale des Télécommunications (UIT), le Maroc fait partie des pays de la région MENA ayant les meilleures capacités pour faire face face aux menaces cybernétiques (avec l’Egypte, les Emirats Arabes Unis, Oman et l’Arabie Saoudite).

Une politique de cybersécurité doit se baser sur la formation de spécialistes. Si le Maroc parvient à attirer des investissements et à signer des conventions en vertu desquelles les entreprises s’engagent à employer la main d’œuvre locale, il manque toujours de compétences spécialisées. Des partenariats public-privé (PPP) sont donc à envisager car la protection des données, par exemple, risque de devenir un enjeu fondamental.

Le potentiel technologique du Maroc, en comparaison avec les pays émergents, notamment asiatiques, demeure faible. L’ensemble des pays de la région MENA sont dans cette situation. La part des industries technologiques dans le PIB est d´à peine 15% dans cette dernière contre 35% dans les pays asiatiques. Le Royaume devrait creuser cette piste car d’après le programme Cybersecurity Ventures, 3,5 millions d’emplois dans la cybersécurité seront vacants d’ici 2021 dans le monde entier. A méditer.

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El Yattioui Mohamed Badine, né en France de parents marocains, est docteur en Science Politique de l'université de Lyon (France). Il a rédigé une thèse intitulée "Les enjeux géostratégiques des programmes publics de Washington à destination de l'Amérique Latine, de George Bush père à George Bush fils (1988-2008)". Spécialiste des questions de sécurité globale et de gouvernance globale, il enseigne à la UDLAP Cholula, Puebla (Universidad De Las Américas Puebla) au Mexique et à l'Université Jean Moulin Lyon III. Il préside le think-tank NejMaroc, Centre Marocain de Recherche sur la Globalisation qui publie une revue universitaire semestrielle et en parallèle, organise des événements dans différents pays. Par ailleurs, il dirige le Séminaire Permanent sur le monde musulman (Observatorio sobre el mundo musulman) au sein de la UDLAP dont la publication d'un livre sur les institutions politiques du monde musulman contemporain en espagnol au cours de l'année 2019 connaît un franc succès. De plus, il publie des articles académiques pour des revues universitaires et scientifiques marocaines, mexicaines et colombiennes tout en participant à des conférences/congrès au Maroc, en France, en Colombie et au Mexique.