#EditoDeMexico 61 : Vers une « géopolitique des masques » ? Quelle place pour le Maroc ?

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Mohamed Badine El Yattioui, docteur en Science Politique de l’université de Lyon (France). Spécialiste des questions de sécurité globale et de gouvernance globale, il enseigne à la UDLAP (Universidad De Las Américas Puebla) au Mexique et à l’Université Jean Moulin Lyon III. Il préside le think-tank NejMaroc, Centre Marocain de Recherche sur la Globalisation qui publie une revue semestrielle et qui organise des événements dans différents pays et dirige le Séminaire Permanent sur le monde musulman (Observatorio sobre el mundo musulman) ILM.

La pandémie semble profiter à la Chine dans un premier temps. Les Européens et les Nords-Américains sont dans le chacun pour soi. Le cas le plus inquiétant est celui de l’Union Européenne, incapable de fournir une réponse commune.

La Chine fait du masque une arme géopolitique, notamment en augmentant ses capacités de production et souhaite redorer son image par le biais d’une “diplomatie du masque”. L’Iran, la Corée du Sud et le Japon, qui lui en ont fourni des millions, en ont reçu en retour des centaines de milliers. Après les fortes tensions mondiales générées par la propagation du coronavirus, le parti communiste chinois semble disposer à agir rapidement.

Mais quid du Maroc ? En état d’urgence sanitaire depuis la mi-mars, le Royaume a pris des mesures fortes. Tout d’abord, le confinement obligatoire, sauf dérogation pour se rendre au travail et la création d’un fond spécifique pour ceux qui ne peuvent pas travailler. Puis la décision d’autoriser l’usage de la chloroquine en milieu hospitalier pour soigner les personnes atteintes du Covid-19 a fait du bruit. Tous les stocks du pays, dont ceux de Sanofi Maroc ont été réquisitionnés par l’État.

Enfin, l’usage obligatoire des masques pour sortir faire ses courses ou aller travailler a été instauré. L’industrie textile a reconverti sa chaîne de production en urgence, sur demande des pouvoirs publics. En quelques semaines, la production est passée de 2,5 millions à 3,5 millions par jour. Le prix a été fixé à 0,8 dirham pièce, du fait de l’appui du fonds spécial et le circuit de distribution a été supervisé par l’Etat. Alors qu’en Europe, le débat gronde autour de la production de masques… Moulay Hafid El Alamy, le ministre de l’Industrie, déclare le pays autosuffisant et souhaite passer à une production de 5 millions de masques par jour, la semaine prochaine afin de devenir exportateur !

Le Maroc se propose donc comme une alternative à la Chine pour les Européens mais aussi pour les Africains. Le Royaume se positionne donc comme un acteur dans la “géopolitique des masques”. Notons que si l’Union Européenne a accordé une aide globale de 15 milliards de dollars destinée principalement aux États africains, dans le cadre de la pandémie, les États-Unis sont absents.

Devant le risque de monopole de l’influence chinoise, les incohérences européennes et la vision étroite de Trump, le Maroc peut, à son niveau, jouer avec ses cartes. Notre pays pourrait relancer son industrie et tenter de rééquilibrer son commerce extérieur, dont le solde est négatif (18,6% du PIB en 2018).

Un pari d’avenir pour un modèle économique et de développement à reconstruire.

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El Yattioui Mohamed Badine, né en France de parents marocains, est docteur en Science Politique de l'université de Lyon (France). Il a rédigé une thèse intitulée "Les enjeux géostratégiques des programmes publics de Washington à destination de l'Amérique Latine, de George Bush père à George Bush fils (1988-2008)". Spécialiste des questions de sécurité globale et de gouvernance globale, il enseigne à la UDLAP Cholula, Puebla (Universidad De Las Américas Puebla) au Mexique et à l'Université Jean Moulin Lyon III. Il préside le think-tank NejMaroc, Centre Marocain de Recherche sur la Globalisation qui publie une revue universitaire semestrielle et en parallèle, organise des événements dans différents pays. Par ailleurs, il dirige le Séminaire Permanent sur le monde musulman (Observatorio sobre el mundo musulman) au sein de la UDLAP dont la publication d'un livre sur les institutions politiques du monde musulman contemporain en espagnol au cours de l'année 2019 connaît un franc succès. De plus, il publie des articles académiques pour des revues universitaires et scientifiques marocaines, mexicaines et colombiennes tout en participant à des conférences/congrès au Maroc, en France, en Colombie et au Mexique.