#EditoDeMexico 55 : Les musulmans et les municipales. Que se passe-t-il dans la tête de Macron ?

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Mohamed Badine El Yattioui, docteur en Science Politique de l’université de Lyon (France). Spécialiste des questions de sécurité globale et de gouvernance globale, il enseigne à la UDLAP (Universidad De Las Américas Puebla) au Mexique et à l’Université Jean Moulin Lyon III. Il préside le think-tank NejMaroc, Centre Marocain de Recherche sur la Globalisation qui publie une revue semestrielle et qui organise des événements dans différents pays et dirige le Séminaire Permanent sur le monde musulman (Observatorio sobre el mundo musulman) ILM.

A l’approche des élections municipales, Emmanuel Macron a attaqué Recep T. Erdogan en affirmant « on ne peut pas avoir les lois de la Turquie sur le sol de France » lors d’un discours sur la « reconquête républicaine » à Mulhouse, ce mardi. Dans cette ville à forte communauté turque, il a parlé de « séparatisme islamiste ». Rien que ça.

Alors qu’Emmanuel Macron ne s’était jamais exprimé clairement sur son rapport à cette religion, ni à sa vision du sujet, il a écarté la notion de communautarisme pour celle de “séparatisme”.

Depuis des décennies, tous les gouvernements, de droite comme de gauche, ont voulu faire émerger une représentation unique et “cléricale” de l’Islam, à l’encontre du sunnisme de l’immense majorité des fidèles de l’Hexagone.

Macron a centré son discours autour de deux thématiques.

La fin programmée des “imams détachés” en est une. Ces derniers sont envoyés par le Maroc, la Turquie et l’Algérie. Il souhaite augmenter le nombre d’imams formés en France. A aucun moment il n’a expliqué comment. Rappelons que la France a signé en 2015 un accord avec le Maroc afin que ce dernier forme une partie de ses imams… La Turquie, elle, contrôle la moitié des 300 imams étrangers détachés alors que les Turcs ne représentent que 10 % des musulmans de France (sa diaspora compte 600 000 personnes).

La seconde concerne la fin des enseignements de langue contrôlés par les pays étrangers, comme le Maroc ou la Turquie. Le président a dit vouloir supprimer les Elco (enseignements en langues et culture d’origine étrangère) qui sont des cours facultatifs en langue étrangère proposés au primaire et dans le secondaire en vertu « d’accords bilatéraux prenant appui sur une directive européenne du 25 juillet 1977 visant à la scolarisation des enfants des travailleurs migrants ». Les cours sont dispensés par des enseignants recrutés par les instances de neuf pays, l’Algérie, la Croatie, l’Espagne, l’Italie, le Maroc, le Portugal, la Serbie, la Tunisie et la Turquie.

88.000 élèves suivent ces cours en 2019/2020 (sur 12,4 millions au total) et moins de 1000 enseignants les dispensent. Les Elco sont inspectés par l’Education nationale et ses enseignants sont sont sous l’autorité du chef d’établissement.

Dans son discours, il a attaqué la Turquie. « Nous avons réussi à trouver un accord sur les Elco avec tous ces pays, sauf la Turquie à ce stade. Je ne désespère pas. »
Notons que 13.000 élèves ont appris le turc via les Elco en 2018/2019 grâce à 188 enseignants turcs.

La tension entre les deux pays est à son paroxysme. Le président du Parlement turc Mustafa Sentop a dénoncé « l’islamophobie primitive » d’Emmanuel Macron. L’approche des municipales et les résultats qui s’annoncent mauvais pour LREM créent ils un mouvement de panique chez le président français ? Pourquoi mêler ces deux sujets ?

L’apprentissage d’une langue est une démarche encadrée comme nous l’avons expliqué et le nombre de bénéficiaires est limité. La question de la gestion du culte musulman est elle un serpent de mer de la vie politique française. Chaque président l’utilise. Soit pour se faire élire, soit pour détourner l’attention des Français. Emmanuel Macron a été élu car il incarnait en 2017 une autre façon de faire de la politique. Finalement, il utilise les mêmes vieilles recettes. Les résultats économiques n’étant pas au rendez-vous et la situation sociale étant explosive, il utilise la “carte magique” de la vie politique française : la religion musulmane.

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El Yattioui Mohamed Badine, né en France de parents marocains, est docteur en Science Politique de l'université de Lyon (France). Il a rédigé une thèse intitulée "Les enjeux géostratégiques des programmes publics de Washington à destination de l'Amérique Latine, de George Bush père à George Bush fils (1988-2008)". Spécialiste des questions de sécurité globale et de gouvernance globale, il enseigne à la UDLAP Cholula, Puebla (Universidad De Las Américas Puebla) au Mexique et à l'Université Jean Moulin Lyon III. Il préside le think-tank NejMaroc, Centre Marocain de Recherche sur la Globalisation qui publie une revue universitaire semestrielle et en parallèle, organise des événements dans différents pays. Par ailleurs, il dirige le Séminaire Permanent sur le monde musulman (Observatorio sobre el mundo musulman) au sein de la UDLAP dont la publication d'un livre sur les institutions politiques du monde musulman contemporain en espagnol au cours de l'année 2019 connaît un franc succès. De plus, il publie des articles académiques pour des revues universitaires et scientifiques marocaines, mexicaines et colombiennes tout en participant à des conférences/congrès au Maroc, en France, en Colombie et au Mexique.