#EditoDeMexico 21 : Le Maroc et l´Amérique latine, un partenariat à redéfinir et à approfondir

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Chaque semaine, retrouvez l’Edito de Mexico sur DiscoveryMorocco.net dont l’auteur est Mohamed Badine El Yattioui, docteur en Science Politique de l’université de Lyon (France). Spécialiste des questions de sécurité globale et de gouvernance globale, il enseigne à la UDLAP (Universidad De Las Américas Puebla) au Mexique et à l’Université Jean Moulin Lyon III. Il préside le think-tank NejMaroc, Centre Marocain de Recherche sur la Globalisation qui publie une revue semestrielle et qui organise des événements dans différents pays et dirige le Séminaire Permanent sur le monde musulman (Observatorio sobre el mundo musulman) ILM .

Les relations entre le Maroc et l´Amérique latine sont depuis longtemps conditionnées à notre question nationale prioritaire, le Sahara. Un certain nombre de ces pays appuyaient la pseudo “RASD”. Les temps changent et nous ne pouvons que nous en réjouir. La tournée qu´effectue, cette semaine, Nasser Bourita en République Dominicaine, au Surinam, au Chili et au Brésil vise à changer la donne.

Dans un éditorial intitulé «Le Maroc gagne davantage de soutien en Amérique latine», le Péruvien Ricardo Sanchez Serra a écrit que la proposition d’autonomie marocaine « bénéficie d’un soutien croissant en Amérique latine », et qu´elle était en adéquation avec l’esprit des dernières résolutions du Conseil de sécurité de l´ONU. Précisons qu´il a longtemps soutenu la “RASD” et cela démontre la prise de conscience de l´incongruité des idées et des projets de cette entité. Ce n´est pas le seul.

Le nouveau président du Salvador, Nayib Bukele, a demandé à son ministère des affaires étrangères de proceder à une évaluation des relations avec la “RASD” avec comme objectif l´élaboration d´une nouvelle politique étrangère. Le Salvador a reconnu la “RASD” en 1989, puis l´a retiré en 2000, avant de revenir sur son engagement et la reconnaitre, à nouveau, en 2010. L´Equateur vient d´annoncer une procédure d´évaluation similaire.

En 1999, au début du règne de SM le Roi Mohammed VI, quatorze pays de la région reconnaissaient la “RASD”. Rapidement, cinq pays de la région la retirèrent: Nicaragua, Costa Rica, Honduras, Guatemala et Paraguay. En 2002, la République Dominicaine et en 2004, la Colombie se rapprocha du Maroc. En novembre et décembre 2004, SM le Roi effectua une tournée régionale (Hassan II n´est jamais allé en Amérique latine) dans six pays: Mexique, Brésil, Pérou, Chili, Argentine et République Dominicaine. Notons que ce dernier Etat vient de retirer, cette semaine, les formalités de visas à nos ressortissants et que le Maroc appliquera la réciprocité. Nasser Bourita a signé l´accord, qui s´appliquera aux voyages touristiques et d´affaires.

Parlons du Mexique. L´élection d´Andres Manuel Lopez Obrador semble avoir eu une conséquence claire en terme de politique étrangère: l´absence de toute remise en question sur le dossier du Sahara. Ce pays reconnait la “RASD” depuis 1979 et les relations bilatérales sont compliquées depuis lors.

Les grands principes de la politique étrangère mexicaine semblent donc plus que jamais sur le devant de la scène sans prise en compte de la réalité du monde et de l´évolution des rapports de force sur le plan international. Si la position du Maroc a évolué, acceptant l´idée d´une autonomie, celle du Mexique semble figée. Une non-intervention, fruit de la doctrine Estrada élaborée en 1930, présentée comme une neutralité alors que la réalité prouve le contraire.

La diplomatie marocaine commence à engranger de bons résultats, aidée, il faut le reconnaître, par la volonté royale de rompre avec les habitudes et en étant plus offensive. Une veritable stratégie globale doit se mettre en place pour répondre aux spécificités de l´Amérique latine. Une plus grande coopération culturelle, universitaire et économique sont plus que nécessaires. Le Maroc se doit de former de veritables specialistes de la region afin de pouvoir anticiper les évolutions des différents pays et de comprendre leurs spécificités. Entre Maroc et l´Amérique latine, il y a un partenariat à redéfinir et à approfondir.

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El Yattioui Mohamed Badine, né en France de parents marocains, est docteur en Science Politique de l'université de Lyon (France). Il a rédigé une thèse intitulée "Les enjeux géostratégiques des programmes publics de Washington à destination de l'Amérique Latine, de George Bush père à George Bush fils (1988-2008)". Spécialiste des questions de sécurité globale et de gouvernance globale, il enseigne à la UDLAP Cholula, Puebla (Universidad De Las Américas Puebla) au Mexique et à l'Université Jean Moulin Lyon III. Il préside le think-tank NejMaroc, Centre Marocain de Recherche sur la Globalisation qui publie une revue semestrielle et qui organise des événements dans différents pays et dirige le Séminaire Permanent sur le monde musulman (Observatorio sobre el mundo musulman) au sein de la UDLAP qui s'apprête à publier un livre sur les institutions politiques du monde musulman contemporain en espagnol. Il a publié des articles académiques pour des revues marocaines, mexicaines et colombiennes et a participé à des conférences au Maroc, en France, en Colombie et au Mexique.

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