Comprendre la crise USA vs Iran en 12 points !

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Yassine El Yattioui, doctorant en Science Politique et Relations Internationales au sein de l’Université de Salamanque en Espagne. Il est diplômé d’un Master 2 d’Intelligence Stratégique des Relations Internationales de l’Université Jean Moulin Lyon III.                               

Co-créateur et secrétaire général du think-thank NejMaroc, Centre Marocain de Recherche sur la Globalisation. Il occupe également le poste de chercheur au sein du Séminaire permanent sur le monde musulman (Observatorio sobre el mundo musulman), ILM au Mexique et un rôle de conseiller au sein du parti politique marocain, le RNI avec son antenne française à Paris 75.

Le commandant des Forces d’al-Qods, liées à l’armée des Gardiens de la révolution iranienne, a été tué à Bagdad, capitale de l’Irak, dans une opération lancée par les Etats-Unis, le 3 janvier dernier. Dans un communiqué, le Pentagone a annoncé que le général iranien Qassem Soleimani tenu responsable de la mort de centaines d’Américains et des récents incidents dans l’ambassade américaine de Bagdad, a été tué.

Le texte informe que l’attaque à la roquette contre Soleimani a été menée sur ordre du président américain Donald Trump.

Désormais, un listing de 12 points pour comprendre cette crise géopolitique international majeur :

1/ Pourquoi l’Iran a-t-il procédé à une escalade militaire dans le Golfe dernièrement ? Abattre un drone américain, saisir des pétroliers, bombarder les infrastructures pétrolières saoudiennes ? Il voulait internationaliser le conflit. Le détroit d’Ormuz est l’endroit où transite la plupart des navires du monde. Les USA ont choisi de ne pas y aller.

2/ Les USA avaient aussi leur propre ligne de conduite : un Américain tué signifiait des représailles. Ils ont ciblé la milice qui a perpétré l’attaque. C’était réciproque, mais aussi punitif d’envoyer un message. Les milices soutenues par l’Iran ont ensuite riposté contre l’ambassade américaine. Les États-Unis ont géré l’attaque, sans tout faire sauter.

3/ Les USA ont répondu à l’attaque de l’ambassade, et à de nombreuses attaques de niveau inférieur par des milices soutenues par l’Iran en Irak, en tuant le chef de tout ce qui était soutenu par l’Iran : Soleimani. Les États-Unis viennent peut-être de rétablir une certaine domination. Que cela fasse partie d’une stratégie convaincante ou pas est une autre question.

4/ Une véritable action ou déclaration de guerre téméraire des USA aurait été d’attaquer le sol iranien.
Cette administration a déterminé que le coût de tolérer Soleimani vivant avait maintenant dépassé les bénéfices de ne pas le tuer. Nous devons attendre et voir si c’était la bonne décision, personne ne le sait aujourd’hui.

5/ La chose la plus importante derrière l’assassinat de Soleimani, n’est pas son assassinat (aussi gros soit-il), c’est la profonde pénétration des services de renseignement américains autour du plus important leader militaire iranien qu’ils ont révélé. Le niveau de contrôle des transmissions et des renseignements humains par les USA. C’est ce qui va effrayer le camp iranien le plus longtemps.

6/ Pourquoi les USA ont-ils revendiqué le meurtre de #Soleimani, au lieu de suivre le jeu de l’ambiguïté israélienne ?
Les USA et Israël ont des rôles et des capacités différents. Les USA sont la plus grande puissance militaire du monde, et leurs attaques peuvent faire partie de la dissuasion, de la démonstration de force, du rétablissement de la domination de l’escalade militaire.

7/ La suite : soyons clairs, personne ne le sait avec certitude, même ceux qui décideront des prochaines étapes.
Le régime iranien n’est pas suicidaire, il est stratégique, calculateur (même s’il se trompe parfois), donc la probabilité d’une guerre directe et totale entre les USA et l’Iran est faible.

8/ L’ayatollah Khamenei a promis une réponse, elle doit être assez forte pour sauver la face à l’intérieur, pour un régime confronté à la dissidence populaire, et aussi être calibrée pour éviter de provoquer une réponse américaine à l’intérieur de l’Iran.

9/ Le mythe de l’invincibilité que l’Iran a construit autour de Soleimani était un énorme outil de recrutement, il peut aussi s’avérer aujourd’hui être une épée à double tranchant. Comment son plus vaillant guerrier, son plus efficace challenger américain, peut-il être aussi précisément éliminé par les Etats-Unis ?

10/ La préoccupation pour les militaires, le personnel diplomatique et les citoyens américains dans la région est légitime. Mais lui permettre de dicter sa politique fait le jeu de l’Iran qui utilise la sensibilité occidentale aux pertes humaines et à la lassitude de la guerre, pour déstabiliser davantage une région sans contrôle.

11/ Il existe de nombreux soi-disant anti-impérialistes qui critiquent toujours l’intervention occidentale mais justifient l’intervention irano-russe.
L’Iran n’est pas un acteur légitime en Irak/Syrie/Liban/Yémen. Ses crimes n’y sont pas moins répréhensibles que ceux des Etats-Unis ou des colonialistes.

12/ L’Iran devrait annoncer ses prochaines violations de l’Accord de Vienne sur le nucléaire dans les prochains jours.
C’est une autre chose à surveiller, autre qu’une représaille militaire, à la suite du meurtre de Soleimani. Cela va-t-il provoquer une escalade au point d’affecter le point de non retour ou non ?